La Fête de la Préhistoire

 

 

Carole De Tomasi

 

Le village lacustre de Gletterens, c’est une reconstitution partielle, parce qu’évidemment que les connaissances archéologiques évoluent sans cesse, d’un village néolithique entre 4500 et 2000 ans environ avant J.-C.

 

Qui a eu cette idée ou pourquoi le faire revivre comme vous le faites régulièrement ?

L’idée est venue évidemment des archéologues, de certains artisans qui sont passionnés par les techniques primitives de constructions et ça intéresse beaucoup de monde. Il y a beaucoup de gens qui sont passionnés par la Préhistoire. C’est aussi un mythe qui intéresse beaucoup les Suisses, grâce au lac, de tous les objets qu’on a retrouvés grâce à la conservation des lacs. Cela a été fait par un certain nombre de gens qui avaient, de loin ou de près, un intérêt pour l’archéologie.

 

Qu’est-ce qui s’est passé durant toute cette saison ?

Nous avons donc des fêtes périodiques. Entre autres, comme aujourd’hui, la Fête de la Préhistoire où on accueille le championnat européen dans deux semaines, du 12 au 13 septembre. Nous avons le week-end d’ouverture où on a représenté les connaissances qu’on avait au niveau du filage, du tissage, cordelettes, etc. Tous les après-midi aussi, pendant les vacances scolaires d’été, tous les enfants peuvent faire, les adultes aussi, bien sûr, des reconstitutions soit de couteaux néolithiques, de pendentifs, de vannerie, etc.

 

Mais votre but, votre rêve, votre objectif, ça serait de faire venir des familles, mais des classes d’école aussi, ça se fait sûrement déjà ?

Cela se fait énormément. Pour les gens qui veulent réserver, il faut s’y prendre assez tôt. Pendant les périodes de mai à juin, on a vraiment beaucoup, beaucoup de classes qui viennent. C’est un bon complément pour les profs qui ne sont peut-être pas forcément versés dans l’archéologie. On a déjà beaucoup, beaucoup de classes. On propose énormément d’ateliers différents. On en rajoute chaque année. Possibilité de faire un repas, possibilité de faire des pendentifs, des couteaux, de la vannerie, de faire du feu sans allumettes, de lancer la sagaie avec un propulseur, des perçoirs à pompe… Il y a énormément de possibilités.

 

Racontez un petit peu ce qui s’est passé aujourd’hui. On a vu des chasseurs arriver ce matin avec les sangliers et après ?

Les chasseurs sont arrivés avec des sangliers qui étaient déjà vidés, parce qu’on n’est pas sûr que s’ils étaient en entier, tout le monde aurait mangé. On les a dépecés à la lame de silex, à la hache de pierre. On les a faits en brochettes sur des feux qui sont aménagés, qu’on entretient toute la journée, et les gens vont griller eux-mêmes leurs brochettes. Ils vont aussi manger du pain qu’on a fait, qu’on grille sur des morceaux de bois avec une salade de lentilles. Ensuite, il y a des ateliers feux. Là, possibilité de voir comment les hommes de la Préhistoire faisaient du feu sans allumettes, avec des techniques de percussion, de frottements de bois. Ensuite, il y a la possibilité de voir la taille du silex, de faire des ateliers couteaux, pendentifs et vannerie à la sagaie et surtout d’échanger finalement avec des gens qui sont intéressés, qui ont des bonnes connaissances. C’est une ambiance assez familiale en général, assez détendue, parce qu’on n’a pas trop, trop de monde. C’est un petit peu notre créneau d’avoir le temps de partager avec les gens qui viennent découvrir cet endroit.

 

 

Jean Speckens

 

Ici à Gletterens, vous êtes venus parler aux nombreux invités du feu. C’est quelque chose qui vous fascine, ça ?

Cela fascine tout le monde. Le feu, c’est d’abord ce qui a permis à l’homme l’émergence de l’heure actuelle. Sans le feu, on serait toujours à l’âge de la pierre. On n’aurait pas évolué ou très peu. Ce qui est dommage, c’est qu’à ma connaissance en tout cas, aucun scientifique n’a imaginé l’évolution de l’homme sans le feu.

 

Le feu au départ, c’était quoi ? Uniquement la foudre ?

Ce sont des théories, des hypothèses parce que la foudre, ça ne tombe pas tous les jours. Ça ne met pas non plus le feu tous les jours à la forêt ou à quelque chose. On parle aussi d’aller chercher le feu au volcan, mais il n’y a pas d’éruption volcanique tout le temps. Moi je pense, mais c’est aussi une opinion personnelle, que le feu, l’homme très tôt a su faire le feu lui-même… Quand on parle de la conservation du feu pendant les périodes tempérées où il y a de la forêt, on peut conserver aisément du feu, mais pendant les périodes glaciaires, conserver du feu quand le couvert forestier est mince, où il n’y a pas beaucoup de bois et où on sait que l’homme a utilisé, a brûlé facilement du bois mort. Conserver du feu, ce n’est pas chose aisée. Ils ne devaient certainement pas allumer du feu tous les jours, parce qu’ils n’avaient pas la matière première pour l’alimenter et ils devaient l’allumer à volonté quand ils en avaient besoin. C’est mon opinion, parce que c’est très facile quand on a les matériaux de produire du feu…

 

Quand vous dites matériaux, on ne parlait pas encore du verre à l’époque et des loupes ?

Non, on ne parlait pas du verre. Le seul témoin archéologique de la fabrication du feu par l’homme, ça remonte à 15 500 ans. C’est ce qu’on appelle la « période magdalénienne ». On a retrouvé en Belgique un petit module de marcassite. La marcassite, c’est un bisulfure. C’est du fer et du souffre et aussi un éclat de silex qui avait permis d’arracher des étincelles de ce module de marcassite et aussi un champignon qu’on appelle l’« amadouvier » sous lequel il y avait trois présences de foyer. Ça, ce sont les seules preuves archéologiques, en tout cas dans cette partie de l’Europe, de la fabrication du feu par l’homme. On peut aussi frotter du bois l’un contre l’autre, que ce soit par giration ou par frottement longitudinal. Mais ça on n’a aucune preuve chez nous, parce que tout a disparu, tous ces matériaux. En Amérique latine par exemple, on retrouve à moins 12 000 ans, des planchettes et des grilles à feu. Dans cette partie de l’Europe, on ne retrouve rien du tout ! Mais comme toutes les peuplades primitives le font encore à l’heure actuelle, on peut dire sans mentir que l’homme préhistorique a utilisé aussi ces méthodes.

 

Qu’est-ce qui vous fascine le plus dans la Préhistoire ?

Le plus, il y a tellement de choses fascinantes qu’on ne peut pas dire s’il y a une chose qu’on préfère plus que d’autres. Le feu, quand je fais une animation feu, je vais de la Préhistoire à maintenant avec tous les gadgets encore qu’on utilise pour des techniques de survie, alors qu’on peut très bien prendre une série de briquets à gaz et on a tout le matériel qu’il faut. Mais les Américains sont très forts pour ça, ils imaginent des tas de trucs de survie. Je vous montre un peu ce que j’ai reçu. J’ai des briquets en magnésium qui ont été faits pour des pilotes d’avion américains. Quand ils se « crashaient », ils avaient une barre de magnésium avec du ferrocérium et avec leurs poignards, ils pouvaient s’allumer du feu. Ils se sont rendus compte que ça devenait obsolète, parce qu’en général quand on se « crash », il n’y a plus rien…

 

La chasse, c’était intéressant à cette époque ?

C’était intéressant, parce que d’abord c’est leur moyen de vivre et ensuite tout l’armement qu’il y a là. Selon les périodes, l’armement diffère. Quand ce sont des périodes froides, il y a 20 000 ans on va dire pour être clair, on invente le propulseur. Cela va lui permettre de chasser plus facilement, mais de tuer le gibier à coup sûr, parce que c’est une arme qui est très performante. On peut chasser à distance et c’est quelque chose qui est terrible. On a reconstitué à partir des objets archéologiques, les propulseurs et, à partir de l’ethnographie, on a reconstitué la sagaie, parce qu’on n’a retrouvé malheureusement aucune sagaie préhistorique. Comme il y a encore beaucoup de peuplades primitives qui, il y a encore quelques décennies, chassaient au propulseur, comme les esquimaux, les aborigènes australiens, les Incas, les Aztèques chassaient aussi au propulseur. Quand les Conquistadors sont arrivés chez eux, ils se sont battus à coup de propulseur et c’était très bizarre, parce que les sagaies sont de très grandes flèches, on va dire, et les Conquistadors imaginaient qu’ils y avaient des géants avec des arcs immenses pour tirer ces grandes flèches. Ça traversait même les armures. Pour dire que c’est quelque chose de très performant et de très perforant… Quand la forêt a refait son apparition avec le réchauffement de la température actuelle, le propulseur, on ne peut plus l’utiliser parce qu’il faut un grand déplacement dans l’espace et l’arc va être inventé ou réinventé, mais on a retrouvé aucun arc qui date d’avant le propulseur.

 

 

Thaïs Cornaz

 

La vannerie, c’est un travail qui a existé de tous temps, qui date de la Préhistoire. Au néolithique, on trouvait déjà des bouts de branches tressées. On n’a jamais retrouvé de paniers entiers. La forme, on ne la connaissait pas, mais on a retrouvé des échantillons de branches tressées, donc la preuve qu’il y en avait. Après, c’est un travail qui n’a pas beaucoup évolué depuis la Préhistoire jusqu’à nos jours. La vannerie existe toujours. Là, je travaille l’osier qui est une variété de saules qui poussent au bord des rivières chez nous. Il y en a beaucoup qui connaissent la vannerie, qui en ont fait à l’école en rotin. Mais le rotin, c’est une matière industrielle qui date d’aujourd’hui, qui vient d’Afrique et qui est extraite industriellement. L’osier, c’est vraiment le matériel qui était utilisé dans nos régions ici. L’osier se récolte en novembre. On prend les tiges les plus droites. On coupe les bourgeons. On le met dans l’eau pour faire sortir la sève pour pouvoir ensuite le conserver. Dans les vanneries que j’ai, j’ai plusieurs styles d’osier. Celui que je suis en train de travailler là, c’est de l’osier qui a été écorcé. Le taux de trempage est simplement différent. C’est celui qui demande le moins de temps de trempage. J’ai de l’osier, par exemple l’osier rouge, c’est de l’osier qui a été bouilli simplement et j’ai encore de l’osier brut qui a été travaillé vert. C’est pour ça que cela donne des paniers un peu plus souples, un peu plus larges. Il y a différentes plantes d’osier qu’on peut utiliser qui donnent des couleurs différentes au panier.

 

Pour ceux, justement, qui aimeraient apprendre cette activité, difficile d’appeler ça un métier à cause de la concurrence, mais on peut être passionné par cette activité, la preuve ?

Il existe encore des écoles de vannerie, surtout en France. En Suisse, je ne sais pas trop comment c’est reconnu. En France, il y a quelques écoles de vannerie. Il y a beaucoup de retraités qui font de la vannerie comme ça ou des paysans qui font un peu de vannerie l’hiver. C’est vrai qu’actuellement, c’est plus un travail d’occupation. Dans les institutions, on trouve beaucoup de vannerie, les handicapés ou le travail de réinsertion. C’est un travail qui demande beaucoup de dextérité dans les doigts, surtout l’osier qui est du bois. Je le mets dans l’eau pour assouplir les branches, mais ça reste quelque chose de très rigide et de très solide quand même. Il faut avoir de la dextérité dans les doigts, de la force, de la souplesse pour ne pas casser les branches.

 

Vous-même, vous donnez des cours, comment est-ce que l’on peut vous atteindre ?

Pour le moment, je ne donne pas encore de cours. Je donnerai des cours dans un moment, parce que je n’ai pas encore d’atelier. Je fais ça seulement en animation. On peut m’engager pour des animations, pour des fêtes médiévales ou préhistoriques ou autres. Je peux donner des cours dans les écoles, dans des groupes déjà constitués, mais je ne prends pas de client individuel pour l’instant.

 

 

François Rossel

 

La chasse à l’époque qui nous concerne ici, au néolithique autour de 3000 avant J.-C., ça continue à être quelque chose qui est beaucoup pratiqué. Même si ce n’est plus la seule manière de subsister, vu qu’on est déjà arrivé à l’agriculture et à l’élevage, ce qui nous fournit quand même une quantité non négligeable de nourriture. Mais la chasse, la cueillette et la pêche restent des apports vraiment importants. Dans la chasse d’avant le néolithique, quand on se retrouve par exemple avec les sagaies, les propulseurs qu’on a pu voir de gauche et de droite, c’est l’époque de la glaciation. C’est quand on avait ici tout autour des Alpes, 800 mètres de glace sur la tête. Si on arrive dans le Nord de la France, le Nord de l’Allemagne, tout le tour du globe au nord, il y a entre 1500 et 3000 mètres de glace. Cette masse d’eau fait que le niveau des océans est beaucoup plus bas et toute la région qui est comprise entre le Jura et le Nord de la France est une taïga, une espèce de steppe herbeuse où il y a énormément d’herbivores dont les fameux mammouths, les rhinocéros laineux, des chevaux sauvages, des rênes. Les humains, à cette époque-là, ils n’ont pas forcément la vie facile. C’est un climat qui est dur, mais ils sont nomades et comme ils sont nomades, cela veut aussi dire que la pire saison qui est l’hiver, ils la passent en suivant les herbivores qui émigrent vers le Sud. Ils sont en général où il fait beau, au moment où il fait beau dans les bons endroits. Ils ne vont pas rester, sauf par accident, dans des zones vraiment dures à vivre en hiver. Durant la chasse, toute cette période de chasse, il y a plein de chasses différentes. Il y a la chasse au petit gibier qui peut se faire un peu tout le temps. Il y a la chasse au gros gibier qui se fait à certaines périodes et, justement, quand les troupeaux commencent à migrer. Après, c’est un acte collectif aussi la chasse. La chasse au petit gibier, on peut le faire tout seul. Mais dès qu’on veut aller chasser des grands herbivores, on y va en nombre. C’est ce qui fait justement la force de l’homme préhistorique par rapport aux animaux, c’est le fait qu’il est en clan ou en tribu et qu’il n’est pas tout seul. S’il est tout seul, l’homme préhistorique correspond assez bien à l’image qu’on a de lui, tout faible, désemparé face à une nature hostile. Quand il est seul, oui, mais dès qu’il est dans son clan et intégré dans une tribu, il n’y a plus tellement de prédateurs pour lui.

 

La vie n’était donc pas si difficile à cette époque contrairement à ce qu’on dit ?

À certains niveaux, elle était beaucoup plus simple que maintenant, parce quand il s’agissait d’aller chercher à manger, on n’avait pas de soucis. Il y avait du gibier en abondance partout, du poisson, des plantes comestibles et il y avait relativement peu de concurrence dans tout ça. Il y avait vraiment de quoi faire. Pour s’abriter, une fois qu’on a du feu, ont est quand même tranquille, les animaux viennent rarement nous ennuyer s’il y a du feu… On sait assez vite se fabriquer des abris corrects qui sont faits avec des autres animaux bien plus grands que nous. Il semble qu’après, je ne dis pas qu’on domine le reste, le reste apprend à nous respecter. Après il y a des choses qui sont plus fortes que nous. Un troupeau d’herbivores qui est en circulation, même si on a un feu, le troupeau d’herbivores, les premiers sont poussés par les suivants et on se fait écraser. C’est évident. Il y a quand même tout un tas de phénomènes où on n’est rien face à la force de la nature, mais ça, cela ne va pas changer maintenant. Maintenant ou avant, c’est un peu la même chose sauf qu’il y a l’histoire de l’espérance de vie. On nous parle toujours de l’espérance de vie des gens qui se situe à 30 ou 40 ans d’espérance de vie, mais ce qu’on oublie souvent de prendre en compte dans ce calcul, c’est que l’espérance de vie se base aussi en tenant compte de la mortalité infantile. Quand on a une mortalité infantile à 300 ou 400 morts pour mille, ça fait baisser une moyenne d’âge de manière drastique. C’est ce qu’on appelle la sélection naturelle. Mais ceux qui résistent, cela ne veut pas dire qu’ils vont mourir à 30 ans ou à 40 ans. Il y a tous ceux qui sont morts avant qui font descendre la moyenne. Après ceux qui ont passé les dix premières années, en général, ils vont durer un moment… Qu’est-ce qui nous amène à faire de l’agriculture et de l’élevage ? Pourquoi est-ce qu’on fait ça ? Alors que quand on fait des études chez des gens qui vivent dans le désert, par exemple dans le Kalahari avec les fameux Bochimans, il y a un monsieur Shalins, Marshall Sahlins qui a écrit un livre qui s’appelle « Les sociétés d’abondance ». Il nous montre qu’en quatre ou cinq heures par jour, ces gens-là ont rempli tous leurs besoins et ils sont contents et ils sont dans le désert et ils sont nomades, chasseurs, cueilleurs. Un agriculteur à quatre ou cinq heures par jour, il ne s’en sort jamais. C’est impossible, c’est beaucoup plus de travail. Qu’est-ce qui fait que l’homme qu’on connaît comme étant quand même un flemmard, cherchant la loi du moindre effort, c’est quand même comme ça qu’on fonctionne en général, comment est-ce qu’on choisit consciemment de se mettre sur le dos un système d’existence qui nous demande beaucoup plus de travail et qui, au fil des milliers d’années, prouve qu’il n’est pas fonctionnel parce qu’il n’arrive jamais à nourrir sa population ? Tous les mondes sédentaires ont toujours connu des famines perpétuelles. Elles ne sont peut-être pas permanentes, mais elles reviennent de manière cyclique tous les quatre, cinq, dix ans que ce soit chez les Romains, chez les Égyptiens antiques. Actuellement dans le XXIème siècle, la planète souffre de la faim dans bien des endroits. C’est quand même un constat d’échec d’un système. Alors qu’est-ce qui fait qu’on a choisi ce système ? La question reste ouverte, ce n’est pas clair…

À propos de la guerre, disons, il y a une chose en tout cas qui est claire et nette, c’est que pour faire la guerre dans notre conception des choses, il faut inventer des armes qui sont destinées à tuer des humains. Ce qui est quelque chose de relativement neuf dans l’histoire de l’humanité. Si on remonte l’humanité, ne serait-ce qu’à quatre cent mille ans, la guerre elle arrive d’un coup, prouvée à partir du néolithique et de la fin du néolithique même où il y a déjà des peuples qui sont à l’âge du bronze. C’est plutôt l’âge des métaux qui amène la guerre, semble-t-il. On a déjà tué des hommes avant avec des armes de chasse, mais le processus mental qui nous fait fabriquer une arme destinée à tuer un humain et à ne servir qu’à ça, c’est quand même une transgression fondamentalement, elle est fondamentale… il faut vraiment y aller, inventer quelque chose comme ça. Ça, c’est fait dans ces maisons-ci. Ailleurs, il y a des gens qui ont déjà inventé le bronze et avec le bronze arrive l’épée. L’épée, c’est le premier de ces outils destinés à faire la guerre qui va créer aussi des catégories de gens qui sont spécialisés dans l’usage de l’épée, donc dans l’art de la guerre. Cela ne veut pas dire qu’il n’y avait pas de conflits avant, mais il n’y avait pas non plus ce besoin d’aller prendre des terres aux autres, parce qu’il y en avait assez et on pouvait les prendre sur la forêt. Le nomade, il reculait un petit peu, mais finalement il avait encore assez de place pour pouvoir exister même s’il y avait quelques sédentaires qui s’installaient le long du fleuve, qui faisaient des enfants… Après quelques siècles, ce n’est pas encore problématique. Mais après quelques milliers d’années, par contre, il y a tellement d’enfants. Il y a, en plus, des problèmes de gestion, de transport international de marchandises, depuis Sumer qui vont vers la vallée de l’Indus, qui sont en communication avec la Méditerranée. Il y a assez rapidement la Crète qui est là et qui sert de base à du commerce. Tout ça, ça circule et suivant les problèmes qu’il y a à l’Est, il y a des répercussions ailleurs. Il suffit qu’il y ait des gens qui ont été dépossédés du pouvoir dans une région, qui se retrouvent en fuite, mais équipés avec du matériel, ils se retrouvent dans un endroit où il n’y a que des gens qui vivent comme ça et qui ne connaissent pas finalement la guerre en temps que telle et ils voient des gens arrivés armés avec du matériel neuf. Très rapidement on peut prendre le pouvoir dans des régions entières et soumettre des grands territoires. Il y a des moments, dans l’archéologie, on nous montre que d’un habitat ouvert en bord de lac, on se retrouve plutôt à être sur des collines, sur des éminences avec des fortifications…

 

 

Interviews réalisées par Jean-Pierre Lambert

Texte retransmit par Françoise Berthod