Carole Rossetti : Compostelle ça
marche !
En
2001, à 46 ans, Carole Rossetti a été foudroyée par une attaque de sclérose en
plaques. Elle a dû être immobilisée plus de dix jours. Depuis, avec courage et
détermination, elle a pu se relever. Afin de sensibiliser l’opinion publique et
récolter des fonds pour lutter contre cette maladie, elle a créé, en janvier
2008, une association : « Compostelle ça marche ! »
Aujourd’hui, Carole nous retrace son parcours.
Salut Carole.
Salut
Julien.
Tu peux un peu nous expliquer qu’est-ce
que c’est que cette maladie, la sclérose en plaques ?
La
maladie, la sclérose en plaques, c’est une maladie auto-immune, c’est-à-dire
que le système immunitaire qui d’habitude nous protège des agressions
extérieures comme les bactéries, les virus, en fait, a un moment d’affolement
et se retourne contre notre système nerveux central. Elle est dénominée comme auto-immune et c’est une maladie chronique.
C’est une maladie chronique, mais elle
peut aussi être différente chez chaque personne ?
Oui.
Chacun développe les symptômes différemment. Il y a des symptômes assez communs
qui sont à tout le monde, qui sont les sensations comme les fourmis, les
décharges électriques et il y a un symptôme qui est très général, c’est la
fatigue. La fatigabilité, les personnes atteintes n’ont pas beaucoup de
résistance. Mais autrement, c’est vrai qu’on est tous très différents dans les
étapes de la maladie, des rechutes. Il y a des gens qui font souvent des
poussées. Il y en a qui ne l’ont pas. Il y a presque autant de cas de sclérose
en plaques qu’il y a de personnes atteintes.
Cela touche autant le physique que le
mental ?
Oui.
Les symptômes se développent physiquement. Au niveau moteur, il y a des moments
où les réactions ne sont plus justes ou les informations ne passent plus dans
le système nerveux central. À ce moment-là, on peut avoir de la difficulté à
marcher ou ne plus marcher du tout ! On peut avoir des problèmes aussi au
niveau des membres supérieurs, au niveau de la vision et au niveau intellectuel,
il y a des gros effets au niveau de la concentration, au niveau de la suite
dans les idées, au niveau des performances intellectuelles et il y a aussi des
aspects au niveau du moral. Évidemment, ça touche le système nerveux central et,
très souvent, les mauvaises périodes sont accompagnées d’état dépressif.
Carole, tu as dit que c’était différent
chez chaque personne, qu’on n’avait pas les mêmes symptômes, mais au niveau des
traitements pour soigner ou stabiliser la maladie, ça se passe comment ?
La
médecine traditionnelle propose des traitements qui sont relativement lourds et
ce n’est pas des traitements de guérison. Actuellement, il n’y a rien pour
guérir la sclérose en plaques. Mais les médicaments proposés sont censés
ralentir le processus et atténuer les crises ou les effets. C’est des
traitements lourds, ça se passe souvent sous forme de piqûres principalement.
C’est l’interférent et, malheureusement, il y a encore pas mal d’effets
secondaires et c’est des traitements qui sont un peu difficiles à supporter, en
tout cas sur la longueur, sur des années. Maintenant la médecine parallèle
propose des traitements homéopathiques ou à base de plantes. La médecine traditionnelle
n’y croit pas beaucoup mais, personnellement, j’ai eu l’occasion de tester
parce que je n’ai pas supporté les traitements lourds. Je me suis tournée vers
la médecine parallèle, j’ai pris énormément de produits, mais je dois dire que
dans mon cas, ça a relativement bien marché. J’ai récupéré mes facultés au
niveau de la marche et ça m’a convenu.
Au début, quand tu as eu ta première
poussée, tu m’as un peu expliqué que tu étais en chaise roulante ? Comment
cela se fait que maintenant tu marches, tu es sur tes deux jambes, est-ce que
tu as trouvé vraiment un traitement miracle ?
Je
n’oserais pas parler de traitement miracle, mais c’est vrai que lors de la
poussée que j’ai eu en 2001, il y a huit ans, je me suis retrouvée à l’hôpital,
paralysée. Je ne pouvais plus marcher. Ma jambe droite était complètement
paralysée et la gauche à trois-quarts paralysée. Comme je l’ai dit, j’ai essayé
les traitements de la médecine traditionnelle et je n’ai pas supporté. Alors je
me suis tournée vers les médecines parallèles et j’ai fait beaucoup de
thérapies. J’ai pris beaucoup de produits et j’ai surtout vu qu’il fallait que
je m’occupe de toutes les facettes de mon être en même temps. On a axé le travail,
bien sûr, sur le physique, physiothérapie, thérapie en piscine et tout ça. J’ai
aussi fait des traitements énergétiques pour stabiliser et me redonner un flux
énergétique confortable et qui me soutenait bien. Je me suis occupée de mon
psyché. J’ai fait une psychothérapie. J’ai aussi travaillé avec la thérapie
avec le cheval. Je me suis également tournée vers quelque chose de spirituel.
En m’occupant de toutes ces facettes en même temps et en prenant les
traitements homéopathiques, dans mon cas, ça m’a très bien convenu… J’ai
récupéré, j’ai mis longtemps à récupérer la marche. J’ai mis environ trois ans
pour pouvoir marcher une heure à peu près. Mais j’ai récupéré et j’ai mis
encore peut-être une année ou deux supplémentaires pour avoir une énergie de
vie confortable, pour pouvoir fonctionner à peu près. Ce n’est pas comme avant,
mais c’est confortable.
Toutes les personnes qui ont été
diagnostiquées, il faudrait presque qu’elles s’organisent un projet ou quelque
chose qui leur donne envie de bouger ou d’aller plus loin ?
C’est
vrai que moi j’ai eu aussi, à la même période, un grand projet qui a émergé,
parce que quand je me suis retrouvée paralysée, j’ai dit comme ça :
« Si je me relève, j’irai à Compostelle. » Je me suis relevée, ça m’a
pris beaucoup d’années, mais après six ans, je me suis dit :
« Maintenant cela va beaucoup mieux et par reconnaissance, j’ai eu envie
de réaliser le projet de partir vers Compostelle. » C’est ce que l’on a
fait l’automne passé en 2008. Je suis partie avec mon amie d’enfance, Nadia et
Philippe, un ami caméraman et photographe et nous avons fait les 500 derniers
kilomètres du chemin de Compostelle.
On va regarder tout de suite cette
aventure.
D’accord.
Dans ce projet, vous avez créé une
association « Compostelle ça marche ! »
Oui,
c’était tout au début du projet. Des amis, des connaissances ont trouvé
intéressant de médiatiser cette aventure. L’association « Compostelle ça
marche ! » a été constituée début 2008 et elle a pour but de faire
connaître mieux la sclérose en plaques qui est une maladie mal connue, qui fait
très peur à tout le monde et on aime bien informer les gens à ce sujet,
notamment de dire aux gens qu’il y a seulement 20 % des personnes qui sont en chaise roulante. C’est déjà
beaucoup trop pour ces personnes malheureusement, mais 80 % des personnes atteintes sont debout, fonctionnent, même
arrivent à travailler et avoir une vie pour ainsi dire normale en tenant compte
des effets de fatigue. On tient à faire de l’information et on a fait un site
Internet. Tout au long du voyage, on alimentait le site. Il y a beaucoup de
gens qui nous ont suivis. On a eu un grand succès avec ce site. Il y avait
environ 100 visiteurs par jour qui nous suivaient. On a reçu beaucoup de
messages d’encouragement et c’était magnifique. Il y a des gens qui ont voyagé
de loin avec nous, ça leur a fait du bien, ça leur a donné de l’espoir et on
avait des messages très chaleureux. Maintenant, on a ramené le film et il est
aussi en vente sur le site : compostelle-ca-marche.org et on fait aussi
des présentations, des petits exposés et projection du film à des groupes, à
des associations, des amicales. On se déplace volontiers pour parler de cette
expérience et pour continuer l’information.
On a vu le 1er mai de cette
année, vous avez eu une soirée à
C’était
l’avant-première. C’était la première fois que l’on présentait ce film à nos
sponsors, à nos amis et on avait fait pas mal de publicité pour cette soirée.
C’était magnifique. On a aussi le groupe neuchâtelois Yvostellka
qui nous a soutenus, le film et le concert ont eu un grand succès. Il y avait
beaucoup de monde, beaucoup d’ambiance. C’était une soirée magnifique pour
nous, c’était un grand moment de ramener ces images à tout le monde et de
partager tout ça. C’était beau, c’était bien.
Et pour toutes les personnes qui sont
récemment diagnostiquées de SEP (sclérose en plaques), est-ce que tu aurais un
conseil à leur donner, un groupe où elles pourraient parler de leurs
problèmes ?
Oui,
effectivement !
Avec le groupe Plein Ciel ou Compostelle
ça marche, est-ce que vous avez des projets pour le futur ?
Oui,
Compostelle ça marche a un joli projet pour 2010.
C’est de proposer un petit bout du chemin de Compostelle en Suisse romande, au
bord du lac Léman, de faire un petit bout et ça sera accessible à tous, même
aux personnes à mobilité réduite…
Cela sera sur une route goudronnée…
Oui,
ça sera sur une route goudronnée à partir de Vidy en
direction de Morges au bord du lac et même les personnes à mobilité réduite ou
en chaise roulante ou avec des accessoires de marche pourront se joindre à
nous. Ce projet sera finalisé cet automne. On mettra toutes les informations
sur le site et, pour nous, c’est magnifique de pouvoir partager quelques
kilomètres avec des personnes atteintes de SEP ou d’autres maladies
neurologiques qui ont de la peine à se déplacer… On a eu le privilège, nous,
d’aller jusqu’à Compostelle et on est très content de pouvoir faire un petit
bout tout près d’ici, tout près de chez nous avec des personnes qui n’auraient
jamais pensé faire ça.
Cette route de Compostelle part de
beaucoup de pays, ce n’est pas qu’en Espagne et les
Non,
non. Cela traverse toute l’Europe et
Pour faire partie de ce groupe Plein
Ciel, il suffit juste de téléphoner à une personne.
Exactement,
le numéro devrait apparaître au bas de l’écran.
Ce n’est pas super compliqué.
Non,
ce n’est vraiment pas compliqué…
Il faut juste se lancer.
Oui
et ça peut faire du bien.
Ok. Carole, on arrive gentiment au terme
de l’émission et vu que tu aimes bien parler, je vais te laisser le mot de la
fin…
J’aimerais
déjà te remercier de m’avoir invitée et je suis toujours très touchée et
heureuse de partager tout ça et le mot de la fin, ça serait vraiment de tendre
la main à tous ceux qui ont reçu ce diagnostic et par ces deux biais de
Compostelle ça marche ou le groupe Plein Ciel, vraiment de leur dire :
« Venez vers nous, ne restez pas tout seul avec ça et gardez
courage ! On peut vivre, on peut avoir des projets avec cette maladie et
venez avec nous. Venez avec nous, on marchera ensemble ! »…
Merci Carole et à tout bientôt !
À
bientôt !
Interview réalisée par Julien Pisenti
Texte retranscrit par Françoise Berthod