Corso fleuri : Fête des Vendanges 2009

 

 

Thierry Lardon

 

Est-ce que la Fête des Vendanges court un risque de disparaître un jour, faute de moyens financiers ?

Alors je ne suis pas devin, mais effectivement, la Fête des Vendanges, on ne peut pas dépenser l’argent qu’on n’a pas. On est tributaires de sponsors ; on a un budget d’environ un peu moins d’un million, 950 000 francs pour faire tourner la fête. On perd de plus en plus de sponsors ou bien ils diminuent leurs prestations : on avait des sponsors qui nous donnaient jusqu’à 50 000 francs ; c’est descendu à 15 000 francs, des qui donnaient 10 000 francs et qui ne donnent plus que 2 500 francs. Donc, si on additionne tous ces petits bouts, on est en perte, donc on retrouve toujours de nouveaux sponsors.

 

Vous n’avez pas pris la présidence au meilleur moment, je me souviens de l’époque où il y avait, que dis-je, 70, 80 000 personnes qui venaient…

Oui effectivement ! Bon, quand j’ai pris la présidence, il n’y avait pas non plus beaucoup de candidats… Mais en étant neuchâtelois, j’avais envie que cette fête perdure ; j’avais envie de m’engager pour ça et je ferai tout ce que je pourrai pour le faire mais bon, on n’est pas éternel. J’ai été élu pour trois ans, donc c’est ma dernière fête. Il y aura l’assemblée générale au mois de février et on verra si le Comité me sollicite. Moi, je suis prêt à continuer parce que j’aime ça ; j’aimerais faire encore d’autres choses, mais il faut du temps parce qu’effectivement, on ne change pas. Ce n’est pas comme sa vie privée où on peut prendre des décisions rapidement ; on a beaucoup de gens à convaincre, à trouver des idées donc ça prend aussi plus de temps.

 

Qu’est-ce qu’on pourrait faire pour que le Fête des Vendanges, si possible, retrouve cette folie des années 1970, 1980 ?

Alors, je ne crois pas que c’est un problème uniquement de la Fête des Vendanges. Je crois que c’est un problème de toutes les fêtes en Suisse ; on le voit dans toutes les manifestations. À plus petite échelle, je pense que tout le monde s’y retrouvera. Vous alliez à un mariage, moi, je m’en souviens, il y a 20 ans en arrière, les mariages, on rentrait à quatre ou cinq heures du matin ; on s’arrêtait chez un copain pour faire un plat de spaghettis. Au jour d’aujourd’hui, à minuit, juste après le dessert, on a déjà les trois quarts des gens qui sont loin. Donc c’est un phénomène de société. On court toujours après la trotteuse des secondes de la montre. On veut toujours aller plus vite et puis, c’est un peu la maladie du siècle, c’est le stress, le « burn-out », on entend un petit peu tout ça. Donc je pense que ce n’est pas propre seulement à la Fête des Vendanges.

 

Mais cette année, vous avez osé quand même un grand changement ?

Le grand changement effectivement, c’est que malheureusement, ce n’est pas de gaieté de cœur qu’on a supprimé la Parade des fanfares. On perdait 70 000 francs par année. Voilà ce qu’elle nous coûtait. Donc il fallait trouver des solutions. C’était aussi limiter à un certain public différent. C’est pour ça que, l’année passée, j’ai dit on va supprimer la place gratuite avec le badge, la place debout gratuite, on va tout faire payer et on verra ce que ça rapporte, si c’est porteur ou pas. Pour vous donner le chiffre, on a vendu 800 places, donc le calcul est vite fait et ce qu’on a décidé cette année, c’est de faire justement un show pyrotechnique musical dans la baie de l’Évole, donc ce n’est pas un feu du 1er août, c’est vraiment un show musical où les feux partiront en fonction de la musique. Cela va durer une vingtaine de minutes et puis, ce qui me plaît dans ce choix, c’est que c’est ouvert à toute la population, à tout âge et puis c’est le samedi soir où les gens sont en famille. Cela commence à 20h15, 20h30 le départ, vers 20h15, il y a déjà du mouvement de foule et puis c’est un premier spectacle, première innovation de grande envergure.

 

Et vous êtes entouré quand même d’un Comité très motivé, n’est ce pas ? Que ce soit pour les chars, que ce soit pour les musiques, il y a vraiment beaucoup de gens comme vous qui en veulent à Neuchâtel.

Ah oui, j’ai beaucoup de chance parce qu’effectivement, le président central, il a le plus beau rôle. Parce que moi, bon, je ne suis pas un dictateur. Il y a 23 commissions : donc la Commission des Guggen, la Commission du Cortège des enfants, la Commission du Corso, la Commission de la Sécurité, les Commissions d’environnement, publicité et chaque commission a un budget et puis dans leur commission, ils ont des membres. Alors ils peuvent avoir un président, un vice-président et une secrétaire. Et chacun gère un peu son domaine. Et puis le rôle du président central, c’est un petit peu le catalyseur, de gérer ça et j’ai plus les relations avec les politiques et les autorités et les autorisations.

 

Et comment s’est passé l’après Botteron, si j’ose dire ?

Alors, l’après Botteron, c’est vrai qu’il a fait des chars pendant plus de 50 ans, maintenant il n’est plus là. Il a fallu qu’on trouve des constructeurs ; on les a trouvé ! Cela n’a pas été très difficile parce qu’on a toujours eu des gens qui étaient motivés. Quand Monsieur Claude Botteron les faisait, on avait déjà quelques constructeurs qui faisaient leurs chars pour eux ou pour d’autres personnes. Donc ce sont ces gens-là qui se sont mis en avant et bien, vous l’avez entendu, on aura 23 chars et je pense qu’on aura aussi un joli corso. Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, pour moi aussi, personne n’est irremplaçable.

 

Quelques mots quand même peut-être en hommage de Monsieur Botteron ?

Alors moi, je le remercie. Parce que c’est vrai que je l’ai peu connu parce que moi, ça ne fait que trois ans que j’ai pris la présidence. Donc j’en ai beaucoup entendu parler. Malheureusement je l’ai connu où il avait des problèmes de santé, les quelques fois où je suis allé le voir au chantier, il n’était pas en pleine forme. Malheureusement pour lui, mais c’est vrai que c’était une icône de la Fête des Vendanges, qu’il a portée dans toute la Suisse pendant ces 60 ans.

 

 

Michel Veillard

 

Cela représente quoi, pour une commune, d’être l’invitée d’honneur de la Fête des Vendanges ?

Écoutez, alors pour une commune, je pense que c’est une fierté et un honneur de pouvoir participer à cette grande manifestation helvétique. Surtout pour un village viticole, vigneron, ça permet de pouvoir montrer à plus de monde la qualité de nos vins, le travail de ces hommes de la terre qui est exceptionnel. Pas qu’à Cressier bien entendu, mais surtout à Cressier quand même parce que c’est le village invité d’honneur cette année et je crois que c’est important de pouvoir aussi présenter ces vins à l’extérieur et de montrer aussi ce que l’on sait faire au village, au niveau des chars, au niveau des élèves, des décorations et autres.

 

Il y a eu un grand engagement, on l’a entendu, de la population, des écoles, des vignerons.

Tout à fait ! Alors, les vignerons, les écoles, les sociétés locales, les personnes qui se sont aussi engagées spontanément à intégrer le Comité parce que c’est surtout ça qui est important au départ : c’est d’avoir déjà un Comité en place, notamment par son président, Roland Simonet, qui a d’emblée accepté la proposition que le Conseil Communal lui a faite. Ensuite, on s’est approché de personnes pouvant prendre des dicastères si on veut : les chars, la tente, la décoration, le sponsoring, la presse, etc. qui, elles mêmes, après, recherchaient des aides donc tout s’est fait un peu avec un organigramme en cascade qui a bien fonctionné et les responsables ont travaillé beaucoup en petit groupe, comme on l’a dit tout à l’heure. Donc, ça a permis d’éviter d’avoir des réunions où il y a plein de monde ; enfin, il y en a eu quand même quelques unes pour faire un peu des bilans intermédiaires et au départ, bien entendu, pour expliquer ce que l’on voulait, mais après chacun a travaillé dans son coin et à entière satisfaction.

 

Donc la Fête des Vendanges reste un événement intéressant, comme ça, pour les petites communes.

Oui, tout à fait ! Alors bon, nous avons peut-être un certain avantage : c’est qu’on a quand même la Fête du Vin Nouveau à Cressier donc on a quand même des sociétés villageoises qui savent organiser des stands, tenir des cantines et autres, mais il y a peut-être la problématique des chars. On n’est pas sur place donc il faut tout bien penser, organiser ce qu’on va amener là-bas parce qu’on ne peut pas vite retourner au dépôt de la Fanfare ou autre pour aller vite rechercher ce qui nous manque. Donc ça demande aussi une autre organisation quand même, aussi de transports car il faut ramener les gens le soir après les heures de travail. C’est tous des paramètres qu’on n’a peut-être pas forcément dans le cadre de la Fête du Vin Nouveau parce que tout le monde habite sur place et après ils rentrent à pied et puis voilà.

Mais j’entends donc que c’est chouette ; c’est une très belle expérience.

 

 

Sonia Hachler et Rachel Abplanalp

 

Mesdemoiselles, bonjour.

Bonjour.

 

Alors voilà, vous allez être cette année sur un char, en tant que dauphine, en tant que seconde, c’est crispant comme exercice ?

Sonia Hachler : Non, non, non, on se réjouit. Je pense que ce sera une très bonne expérience et on attend de voir comment ça va se passer.

 

Mais là, c’est quand même des dizaines et des dizaines de milliers de personnes…

Rachel Abplanalp : On est motivé, on s’encourage entre nous et puis on a toute la motivation.

Sonia Hachler : On est trois, surtout ! On est trois…

 

En plus il y a encore votre troisième copine qui sera là. Comment on en vient à se dire : « Tiens, je vais essayer de faire un concours de Miss ? »

Sonia Hachler : Écoutez… c’est…

 

Quel défi quand on fait ça ?

Sonia Hachler : Quel défi ? Je ne sais pas si c’est vraiment un défi, c’est plus….

Rachel Abplanalp : Vivre l’expérience.

Sonia Hachler : Voilà, exactement, vivre l’expérience, oui.

 

Mais c’est un risque. Bon, là, vous avez gagné, enfin, vous, vous êtes première, vous, vous êtes troisième, déjà peut-être une petite déception d’être deuxième dauphine ou bien ?

Rachel Abplanalp : Non, parce qu’il n’y a rien à perdre mais tout à gagner, donc, vraiment, c’est vraiment une expérience, qu’on gagne ou qu’on perde. C’est sûr que si on perd, il y a sûrement une déception, mais voilà…

 

C’est quand même un petit défi. Bon, vous saviez toutes les deux que vous n’étiez quand même pas vilaines avant le concours….

Sonia Hachler : Aucune n’était vilaine, donc ! Vous ne pouvez pas savoir….

Rachel Abplanalp : On avait toutes les chances, si vous voulez…...

 

Bien entendu, c’est toujours comme ça…

Sonia Hachler : Les douze avaient leurs chances, oui.

 

Et puis là, tout d’un coup, vous gagnez, c’est donc émouvant. Ce n’est pas Miss Univers, d’accord, mais c’est quand même une drôle d’impression….

Sonia Hachler : Ah oui, c’est très, très, très surprenant, on ne s’y attend pas vraiment.

 

Vous avez l’impression que ça va changer un petit peu votre vie, ça, quand même, parce que vous resterez toujours, vous aurez toujours été une fois Miss Fête des Vendanges…

Sonia Hachler : Si, si, je ne sais pas si ce sera vraiment le changement, mais c’est sûr que ce sera une bonne histoire à raconter aux enfants, aux cousins, enfin… oui.

 

Surtout dans cinquante ou soixante ans…

Sonia Hachler : Ah, eh bien oui, oui, oui !

 

Ils ne vous croiront peut-être plus…

Sonia Hachler : Miss 2009, ça je ne sais pas….

 

Et pour vous aussi, l’expérience, il y a le contact avec les médias, il y a le public, tout ça, c’est un peu spécial….

Rachel Abplanalp : Et bien ça fait partie de l’expérience, si on veut, et puis de notre engagement. Donc…

 

Et puis vous avez répété l’exercice, Miss Suisse Romande, Miss Suisse, ça vous tente ?

Sonia Hachler : Je ne sais pas, on verra, on verra.

Rachel Abplanalp : Déjà finir notre boucle, si on veut, de Miss Fête des Vendanges et puis après, l’avenir nous le dira !

 

Vous gardez le suspense alors…

Rachel Abplanalp : Voilà !

 

Eh bien, écoutez, on vous souhaite une bonne Fête des Vendanges et à bientôt.

Sonia Hachler : À bientôt !

Rachel Abplanalp : À bientôt, merci beaucoup !

 

 

Interviews réalisées par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Christoph Yavkin