« Frou-Frou les Bains » à la Passade

 

 

Olivier Joly

 

C’est d’habiter ici même, au théâtre, avec notre metteur en scène actuel, Gérard William, qui nous a mis un peu dans des conditions d’éveil théâtral. Et, suite à cet atelier, j’ai eu la chance de me voir proposer un rôle, il y a maintenant trois ans, pour une partie de la saison sur « Coup de soleil ». Je jouais déjà avec Carla Aeby à l’époque et c’était vraiment une expérience très enrichissante. Par la suite, l’année dernière, on a fait « Les vérités vraies » aussi durant une saison. Là, on a retrouvé un peu toute l’équipe. Cela a permis de connaître également d’autres personnes des Amis de la Scène, une grande famille. Cette année, dans ce somptueux décor de « Frou-Frou les Bains », on va essayer de divertir tout le monde.

 

Justement, un spectacle humoristique, c’est difficile ?

Oui et non, ça dépend un peu du public, du répondant du public. Après, c’est aussi la façon d’amener les choses. C’est vrai que c’est déjà une pièce qui est très drôle par son texte, notamment, par la mise en scène de notre metteur en scène et c’est vrai que déjà par ça, ça apporte beaucoup de comique. Après, au niveau du jeu d’acteurs, on a peut-être certaines facilités à faire rire les gens en s’entraînant… On le répète beaucoup.

 

À quel âge êtes-vous déjà un peu tombé dans la marmite du théâtre ? C’est un truc qui vous a pris à quoi, cinq ou six ans ?

Non, non. Bien plus tard. J’ai eu envie de faire de la scène, de faire un peu le clown en famille, avec des amis et maintenant, ça m’a pris vers l’âge de 20 ou 22 ans. Je cherchais un peu à gauche et à droite pour faire du théâtre. J’ai eu la chance de trouver ici, aux Amis de la Scène, cet atelier théâtre qui nous permet justement de découvrir les rudiments du théâtre.

 

Parlez-nous peut-être justement du théâtre, ici, parce que c’est là que vous avez fait vos premières armes ! C’est important un encadrement comme celui de la Passade ?

Absolument ! C’est vrai qu’on nous apporte beaucoup. Nous donnons beaucoup de notre temps, mais en retour, on a également beaucoup de choses. Avoir un metteur en scène professionnel qui connaît déjà son domaine, je ne veux pas l’encenser, mais il l’est….Cela permet de pouvoir évoluer, apprendre avec le « team » directeur notamment Carla et Raymond Aeby. Avec Raymond, j’ai eu la chance de faire ma première pièce « Coup de soleil » comme metteur en scène et là, c’est vrai qu’on peut, de part tout ces supports, acquérir une bonne base.

 

 

Dominique Schaer

 

On est encore un petit peu tendu parce qu’on est à la Générale et que l’on fait souvent plusieurs choses à la fois. On danse, on chante, on parle, on se déplace. C’est assez intense. Mais c’est très vivant et j’ai l’impression qu’on va petit à petit prendre toujours plus de plaisir… J’espère que le public, lui, aura du plaisir tout de suite !

 

Ce n’est donc pas si facile que ça de chanter et en même temps de jouer ?

Non, parce qu’il y a du texte et tout à coup le texte est interrompu et on chante. Parfois même à l’intérieur d’une chanson, il y a de nouveau quelque chose qui est parlé, donc on doit rester dans les personnages en chantant une chanson qui parfois sort un petit peu du personnage, mais on doit quand même en rester proche. On doit replonger tout à fait dans le personnage et c’est un petit peu de la jonglerie, mais c’est passionnant…

 

Et c’est censé être une pièce humoristique, ce n’est pas forcément facile d’être toujours de bonne humeur ou bien ?

Ah si. Si on aime faire du théâtre, ça rend de bonne humeur. Moi j’arrive ici fatiguée. Je commence ici, je retrouve mes camarades et la fatigue disparaît. Elle revient après. Mais pendant le spectacle, quand on aime ça, c’est magnifique… Ça vous donne de l’énergie.

 

C’est ça la magie d’être comédien ?

Oui, je crois que c’est ça. Des gens qui ne se rencontreraient peut-être pas autrement, parce qu’on vient de milieux différents, de professions différentes et on se retrouve sur un projet commun, très intense. Parfois on ne se retrouve pas beaucoup après, mais pendant qu’on joue et pendant les semaines où on joue, c’est fort. C’est puissant, on est vraiment ensemble.

 

L’importance du metteur en scène dans une pièce comme ça ?

Elle est prépondérante. D’abord, c’est avec lui qu’on voit quels genres de personnages on va jouer. Lui, il nous fait jouer ensemble. Il nous laisse avoir nos idées et ensuite on en discute parfois. C’est quand même lui qui a la vision globale, ce n’est pas nous ! Il est prépondérant.

 

Il est drôle ?

Il est drôle, il sait nous faire des remarques tout à fait bien placées. Nous remettre à l’ordre quand il faut. Il est épatant, vraiment.

 

 

Gérard William

 

Une pièce humoristique, difficile à mettre en scène ?

Oui, pas tellement parce qu’elle est humoristique, mais parce qu’il y a beaucoup de techniques à maîtriser. C’est un pastiche d’opérette de la fin du XIXème, début XXème si on veut. Donc, beaucoup de chansons, et pas des chansons où on fait juste que chanter, des chansons mises en scène et chorégraphiées. Effectivement des difficultés de mise en scène, parce qu’il y a beaucoup de maîtrise de la part des comédiens.

 

Combien de répétitions à peu près ?

Oh là, je n’ai pas compté puisqu’on aime ça, on ne compte pas… Il y a, je pense, 150 heures de répétitions. Je ne sais pas, dans ces eaux là, ce qu’il faut.

 

Tous les acteurs ont l’air d’être passionnés, donc pas très difficile pour les motiver ?

Non. Là, j’ai effectivement une équipe superbe. Beaucoup de gens très aguerris, pas tous dans les mêmes domaines. On a des gens qui viennent plutôt du chant. On a une fille qui vient plutôt de la danse et les autres, naturellement de la comédie. Mais des gens qui ont déjà l’habitude de la scène, qui ont déjà fait pas mal de choses dans leur carrière.

 

Alors cette pièce, comment elle se situe historiquement, début XXème siècle ?

Oui. Historiquement, ce n’est pas vraiment précisé. On a des chansons qui vont jusqu’à 1930. On pourrait donc dire que c’est dans le début du XXème siècle. On a aussi des chansons plus anciennes qui sont effectivement des extraits d’opérettes de la fin du XIXème. On pourrait dire, entre la Belle Époque et les années 30.

 

Son auteur est un habitué des pièces humoristiques ?

Oui complètement. Patrick Haudecoeur a écrit notamment « Thé à la menthe ou Thé citron ». Il a écrit « Le petit vélo » et ensuite il a écrit deux pièces comme ça, hors série. Cela a commencé par « Frou-Frou les Bains » et ensuite il y avait « La valse des pingouins » du même acabit. Toutes des pièces à succès. C’est l’un des auteurs français actuel qui a beaucoup de succès, peut-être comparable à Francis Weber ou des gens comme ça et il est lui-même acteur dans ses pièces.

 

Vous avez l’habitude de monter des spectacles chaque année où l’humour prend une part importante avec des créations actuelles. Quelle différence vous faites entre cet humour du XXème et l’humour d’aujourd’hui ? Vous connaissez bien les humoristes d’aujourd’hui.

Oui, mais moi je ne fais pas tellement de différences, parce qu’en fait si cela fait rire, ça fait rire… et point. Il y a eu toutes sortes d’humour qui se sont côtoyées dans tous les temps. Actuellement, il y a quand même un humour relativement « trash » que nous, on ne goûte pas tellement à la Passade. Mais on ne peut pas dire que ce soit un humour du siècle passé, parce que cette pièce a été créée en 2002. Haudecoeur a obtenu un Molière du meilleur spectacle musical pour cette pièce, donc c’est récent. On est certes dans une époque plus ancienne, mais ce n’est pas des écrits de l’époque. Effectivement, c’est un humour de maintenant actuel avec des costumes d’époque.

 

Difficile de faire venir les gens au théâtre de nos jours avec la crise ?

On verra sur cette pièce. Je sais qu’on a senti un petit ralentissement sur la dernière, mais petit pour le moment. Je ne sais pas. Ce n’est pas notre fort de tenir des statistiques, mais c’est de l’ordre de moins de 10 %, mais tout de même… Là, on pense que la pièce est assez engageante, assez drôle. Je pense que c’est une pièce qui fera du bien aux gens pour oublier peut-être leurs soucis du moment, de cette crise qui est un peu rude.

 

C’est un vrai souci de se dire on va essayer de faire rire les gens pendant une heure et demi, c’est une angoisse pour le metteur en scène ?

Oui, si ça ne fonctionne pas, on est un peu à côté de la plaque. Le temps va passer très long pour les comédiens à ce moment-là. Mais, on a quand même fait pas mal de choses avant pour se dire, on est pratiquement sûr que ça fonctionne. Mais on n’est pas sûr que ça fonctionne tous les soirs, parce que le public est différent chaque soir. C’est pour ça qu’on fait du théâtre, parce que chaque soir est différent. Alors, on n’est jamais sûr. C’est bien ça. On a toujours des picotements, le même trac avant chaque représentation…

 

 

Interviews réalisées par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod