Maria Schor, Michel Jenny et  Lena Jenny

 

 

Maria Schor

 

Quand et comment avez-vous commencé la peinture sur porcelaine ?

J’ai commencé il y a vingt ans. J’ai rencontré une amie qui m’a gentiment offert de me donner des cours de peinture sur porcelaine. Je suis restée dix ans chez elle et maintenant je suis autonome à la maison.

 

Avant, vous aviez déjà fait de la peinture ? Vous aviez déjà fait du dessin ?

Pas du tout ! Vraiment, je ne savais pas que j’étais capable de faire de belles choses. Elle m’a tellement bien montré comment on tient un pinceau, comment…

 

Est-ce qu’il faut des qualités spéciales ou tout le monde peut apprendre ?

Je crois que tout le monde peut apprendre. Mais la seule qualité, il faut être calme…

 

C’est très fin comme travail. Les pinceaux sont très petits.

Les pinceaux sont très délicats et il faut vraiment très, très peu de peinture. Si on en met trop, ça éclate à la cuisson après.

 

Il y a plusieurs styles de peinture sur porcelaine. Il y a un peu la peinture sur porcelaine à l’ancienne, il y a le style classique. Celui qu’on retrouve sur les assiettes de nos grands-papas, de nos grands-mamans, ce n’était pas facile à faire ça ?

Non. On commence avec le bluet et quand on maîtrise le bluet, on maîtrise aussi le coup de pinceau pour les autres fleurs.

 

Il faut commencer par le plus difficile ?

Oui. C’est vraiment le plus difficile, parce qu’il faut faire des centaines de coups de pinceau pour arriver à faire un joli bluet.

 

Mais on a vu en regardant vos œuvres qu’on n’est pas resté à cette époque du début du XXème siècle. On peut imaginer des créations modernes aussi ?

Oui, tout à fait ! Il y a des personnes qui aiment le classique et il y a des personnes qui aiment le moderne, le chinois ou le japonais. Moi, j’aime beaucoup travailler tous les styles.

 

Le moderne, ça vous permet de faire de vraies créations ?

Oui. On peut s’évader. On peut laisser aller vraiment les mains…

 

Et alors le japonais, ça aussi, c’est très spécial ?

Oui, c’est très spécial, mais c’est très, très joli à faire.

 

Comment on peut apprendre ?

Il y a des livres qui expliquent très, très bien et si on suit les instructions, on arrive très bien.

 

On parle toujours de peintures sur porcelaine, mais vous faites aussi de la peinture, de la poterie ?

Oui. Comme ma sœur fait de la poterie, elle fait des pièces et de temps en temps, je fais une peinture là-dessus, surtout pour les petits vases ou les bouteilles d’alcool ou sur les assiettes pour bébés. Elles sont lourdes, alors ça va bien pour les petits enfants.

 

Au début, on n’est pas obligé d’acheter un four ?

Non. Comme moi j’ai fait de la peinture avec une amie, elle avait son four et je pouvais cuire chez elle. Mais c’est assez délicat si on doit transporter. Si on travaille à la maison, on doit transporter et il y a toujours des petits accidents, des griffures. C’est un peu difficile.

 

Pour quelqu’un qui n’a pas beaucoup d’argent, est-ce que c’est difficile de se lancer dans cette passion ?

Assez, parce que c’est quand même un hobby très cher. La porcelaine est très chère, aussi l’or, les pinceaux, les livres. Tout est assez cher.

 

Est-ce qu’il arrive que des gens viennent vers vous et vous commandent quelque chose de spécial ?

Oui, c’est déjà arrivé. Il y a une dame qui est arrivée avec une petite tasse très ancienne et elle m’a posé la question si je peux lui faire une copie. Elle m’a amenée la petite tasse et il m’a fallu trois mois pour vraiment trouver les couleurs qui allaient avec. C’est sorti très, très bien et j’étais très contente.

 

Psychologiquement comme travail, il faut être très, très calme. Il faut du silence, ça fait du bien presque pour le moral, pour la tête de faire ça ?

Oui, tout à fait ! On peut s’évader et on oublie le temps complètement, mais il faut quand même le silence autour de soi.

 

 

Michel Jenny

 

Je viens du domaine commercial. Je suis né à Porrentruy en 1944. Après des études secondaires, puis classiques et commerciales, j’ai travaillé quarante-cinq ans dans le papier, devant les écrans, aussi dans les relations extérieures au-dehors. Mais je n’ai pas l’âme du bricoleur et j’étais incapable de réparer la moindre des bricoles dans le ménage. J’ai voulu faire une rupture par rapport à ma vie professionnelle, parce que j’étais tenté. On m’avait relancé pour reprendre de l’activité trois semaines après la retraite. Je me suis dit : « Ah non, j’ai tout planifié dans ma tête d’arrêter, sans savoir ce que je ferai. » Après quelque temps, j’ai réalisé ces crayons.

 

Justement, comment est arrivée cette vocation tardive ? Est-ce que vous ne regrettez presque pas que cette vocation soit venue un peu plus vite ?

Oui. Dans ma vie professionnelle, j’ai eu l’occasion de créer quand même, mais c’était plus conceptuel. Après un premier stage chez General Motors, je suis entré dans une agence de pub. Là, j’ai un petit peu été éveillé par le côté créatif, ça m’a toujours plu et je suis arrivé à Neuchâtel en 1971 au marketing des chocolats Suchard. Là, il y avait de la création à faire. Il y avait les emballages, la publicité, la promotion, la création des produits eux-mêmes, etc. J’avais quelque chose en moi, mais ça restait sur le plan professionnel. Cela n’a jamais été moi-même, manuellement, à faire les choses.

 

Le poste à souder n’était pas votre outil quotidien ?

Non. Le poste à souder, je dois vous dire, j’ai tremblé, j’avais peur… Quand j’ai mis la première fois en route une meuleuse, d’une part, ça fait du bruit et ça tourne très vite. On m’avait dit : « Mets des gants, attention les doigts !» Au début, je tremblais… Cela ne va pas pour faire ce métier. Il ne faut pas trembler ; il faut apprendre à maîtriser l’outil. Maintenant, ça va bien et encore il faut être attentif, parce que si je ne suis pas bien dans mon assiette, si je n’ai pas bu mon petit café le matin, je n’irai pas dans l’atelier pour commencer de toucher les machines, parce que là, je suis sûr que… parce qu’en plus, je suis des fois gauche, rêveur… il faut que je fasse très attention. Mais maintenant cela ne va pas mal et je dois dire que j’ai un énorme plaisir. Je suis un peu hors du temps dans cet atelier, un peu dans un monde à part et je fais… Je mets en scène tout ça.

 

Derrière l’aspect manuel, il y a un aspect psychologique. Vous le dites quand vous dites que cela vous procure du plaisir et vous avez peut-être connu des problèmes qu’on peut rencontrer quand on arrive à la retraite aussi, non ?

Écoutez, je n’ai pas eu trop de peine à passer ce cap ! Je m’étais un peu préparé, mais je ne savais pas que je ferais ça du tout. Après avoir fait ces crayons, j’ai eu une pause de trois ou quatre semaines et pendant trois jours, j’ai eu un flottement. Je me suis rendu compte, oui je veux lire, je veux écouter de la musique. Je le fais, mais quand même, il y a quelque chose et toc… le départ s’est donné là et j’ai commencé de faire une première chose, une deuxième et après je courais à la quincaillerie trois fois par jour. Il me manquait chaque fois un outil, chaque fois un matériau. J’ai dit : « Si tu veux vraiment faire ce job-là, il faut que tu t’équipes. » J’ai passé l’été dernier à mettre en route l’atelier, à le monter de toutes pièces. On le verra tout à l’heure. Après, c’était la frénésie. J’ai fait une centaine de réalisations en moins d’une année, alors que parfois, il faut un, deux, voire trois jours pour réaliser une pièce. Il arrive aussi que je travaille un peu comme un industriel. J’ai quatre ou cinq projets, alors plutôt que de réaliser un projet jusqu’au bout, j’en prends quatre ou cinq. Je coupe le fer, je le tords, je le cintre et ensuite, s’il faut l’assembler, souder ou le forger… je travaille en parallèle plusieurs projets.

 

Et maintenant vous décidez d’exposer, ça c’est encore un pas supplémentaire ?

Oui là, c’est un peu l’angoisse. Il faut bien le dire. Oui, c’est un métier la sculpture. Un métier de toute une vie. Moi je suis tout au début, ça fait une année et dès le départ, je me suis laissé cette liberté de création, tout ce qui me passait par la tête, si bien qu’on retrouvera, dans cette centaine de réalisations, des catégories. Des choses que j’ai faites au début, des choses que j’ai faites un peu plus tard et vers la fin, j’avais envie de faire des choses un peu plus solides, du plus gros…

 

Que craignez-vous maintenant ?

Pour finir de répondre à la question de l’exposition, j’ai des réalisations dans tous les coins. Ici même au salon, au garage, au sous-sol, dans l’atelier et d’un autre côté, mon épouse Lena a aussi beaucoup de pièces de poterie et on essaye, on fait quelque chose. Ce qui m’intéresse, après cette année d’expérience, c’est d’avoir un regard extérieur même s’il doit être critique et c’est peut-être même nécessaire de passer par cette expérience pour se rendre compte comment on perçoit les choses. Je voudrais être le plus dépouillé, épuré les choses, qu’il n’y ait pas de surplus pour qu’on ne voie que l’essentiel de l’œuvre si on peut dire ça. C’est le regard extérieur qui pourra sanctionner, qui pourra juger et ça me permettra peut-être d’orienter un peu, de chercher mon propre style alors que là, je suis encore un peu dispersé, mais je suis content d’avoir créé cette diversification de réalisations.

 

 

Lena Jenny

 

Quand et comment avez-vous découvert cette passion, la poterie ?

C’est en fait avec ma belle-maman qui a commencé sa poterie tardivement et elle m’a donné un peu le virus, cela fait à peu près une quinzaine d’années.

 

Vous aviez déjà une passion artistique avant ou pas ?

Non, pas autrement parce que j’étais dans l’hôtellerie et là, ça ne s’est pas donné. J’étais plutôt dans le sport que dans l’artistique.

 

Vous préférez visiblement la poterie que le dessin ou la peinture, pourquoi ?

Tout à fait ! C’est pour donner une forme à la pièce. Je peux créer depuis le début ; on donne la même forme que le dessin.

 

Vous partez avec de la terre…

Oui, tout à fait !

 

Vous avez déjà une idée au départ, vous faites des plans ou vous laissez l’inspiration vous guider, guider vos mains ?

En principe, on sait déjà ce que l’on veut faire en gros et on fait des essais. C’est comme ça qu’on peut faire des créations, des boules, différentes choses. À la longue, ça se transforme aussi un petit peu. On fait un peu des séries. On va toujours un petit peu plus loin.

 

Il y a l’utile et il y a le décoratif ?

Oui, l’utile c’est toujours un peu difficile, parce que techniquement, il y a des normes à respecter et vu que je travaille beaucoup avec les enfants, j’aime bien les laisser aller un petit peu… et ça donne un peu une création différente avec les enfants.

 

Ce que l’on fait en poterie, est-ce que cela peut être utilisé tous les jours dans une cuisine ?

Tout à fait, oui ! Les premières pièces que je tournais avec un potier, il y a 13 ou 14 ans, je les utilise pour tous mes desserts et elles sont toujours magnifiques. Je peux les mettre dans la machine à laver la vaisselle et tout… C’est très résistant.

 

Quand on achète une poterie, ce n’est pas seulement pour mettre sur la cheminée au salon ?

Tout à fait, oui !

 

On peut l’utiliser tous les jours ?

Oui, tout à fait !

 

Il y a la vaisselle et il y a aussi des lampes ? Là aussi, il y a une possibilité de créations presque illimitée ?

Tout à fait ! On peut tout créer à partir d’une petite boule de terre.

 

Dans l’abstrait, les œuvres que vous faites, là aussi vous avez une inspiration particulière ou là aussi vous vous laissez aller ?

Justement, cela dépend comment on se sent aussi. Par exemple, est-ce qu’il y a un changement de température ? On va aussi beaucoup à la forêt ; il y a des feuilles qui tombent et ça m’inspire beaucoup la nature…

 

Un potier, une potière, on peut dire que c’est un artiste ou un artisan ?

C’est difficile. Qu’est-ce que l’art ? Qu’est-ce qu’un artiste ? C’est comme on se sent ou comment les autres personnes le ressentent. C’est très difficile à dire en fait.

 

Quand on voit tout ce que vous avez dans l’atelier, vous travaillez tous les jours, c’est presque un besoin ?

Oui à la longue, c’est comme le sport, on a envie de faire quelque chose. Je ne dirais pas tous les jours, mais ces derniers temps, oui ! J’ai beaucoup travaillé.

 

Qu’est-ce que cela vous procure sur le plan professionnel ? C’est chaque fois un petit accouchement, comment ça se passe dans votre tête ?

Pas autant quand même ! Cela fait toujours un calme intérieur. Je cherche beaucoup ce calme quelque part avec la musique, avec les animaux, le chien, le chat qui passent par là et les enfants… Comme je l’ai dit avant, cela procure un calme interne.

 

Parlez-nous justement de cet enseignement que vous faites aux enfants ! Vous le faites sous quelles formes ?

Oh là, c’est difficile, parce que les enfants, ils exigent beaucoup et ils vous donnent aussi beaucoup. C’est assez donnant-donnant en fait. Ils veulent créer ; ils veulent tourner et ils ne se rendent pas compte qu’un tournage par exemple, c’est très difficile à apprendre. Même pour moi, personnellement, ce n’est pas toujours évident parce qu’il faut être équilibré presque dans la vie pour pouvoir tourner, parce que c’est tellement délicat. Pour les enfants, c’est plutôt un bricolage et ils sont tout contents quand ils ont fini une pièce, une maison ou des étoiles, des figurines.

 

Est-ce que l’on peut dire que c’est pour vous pas seulement une passion manuelle, artistique, mais qu’il y a presque une philosophie derrière ?

Oui, tout à fait ! Je me sens très, très bien et je trouve mon calme intérieur quand je suis dans l’atelier…

 

C’est ce besoin de créer ?

Oui, tout à fait ! C’est comme un virus qu’on doit soigner presque chaque jour. C’est quelque chose de magnifique.

 

 

Interviews réalisées par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod