Morat-Fribourg 2009
C’est dû à la
présence d’un glacier, il y a plusieurs milliers d’années, que ce plateau fut
façonné. Entièrement dégagé au sud-ouest et à l’est, le pays des Trois-Lacs accueille en son sein le petit lac de Morat. Quatre
ports le desservent : Avenches-Plage, Faoug, Vallamand et Morat.
Il a fallu
presque un siècle, afin d’équilibrer et de contrôler le niveau des lacs
jurassiens : les lacs de Bienne, Neuchâtel et Morat. Complètement
réaménagée, la région des Trois-Lacs a d’ailleurs
servi de cadre pour Expo.02.
Les rives du
Lac de Morat sont en grande partie non construites et des plages de sable
naturelles, aisément accessibles, font de la région une contrée balnéaire
exquise. À l’époque, les Romains venaient déjà s’y baigner. Depuis que pratiquement
toutes les maisons du bord du lac sont reliées à des installations de
traitement des eaux, la qualité de l’eau est bonne. De nombreux Moratois se baignent encore quotidiennement malgré l’état
parfois douteux du lac. Certains s’adonnant même à leur passion jusqu’à Noël.
L’eau du lac de
Morat serait en effet hautement curatrice et agirait de ce fait contre les
rhumatismes, l’arthrose et autres maux. Certains supposent, d’autres croient,
que les algues présentes en grande quantité seraient responsables de cet effet
guérisseur et bénéfique. Elles prolifèrent en nombre, grâce à la température
élevée de l’eau, jusqu’à parfois 27 degrés. Le lac de Morat est toujours le
plus chaud des trois lacs jurassiens. Cette algue particulière lui donne
parfois une couleur rouge.
Elle rappelle
ainsi la bataille de Morat de 1476, lorsque les Bourguignons y ont pris un bain
contre leur gré. En effet, de nombreux combattants de Charles le Téméraire ont
été poussés vers le lac et s’y sont noyés. Les armures du Moyen-Âge n’étant pas
particulièrement indiquées pour flotter ni pour se baigner. Ils ont tous coulé…
Aussi, le lac
de Morat donne souvent l’effet d’une ligne de partage météorologique :
lorsque le ciel s’obscurcit aux alentours, il est fréquent que, sur le lac de
Morat, le soleil brille toujours…
Sous le règne de Berchtold IV, on a
fondé la nouvelle ville de Morat, selon toute vraisemblance aux environs de
1180. Il n'est toutefois pas exclu qu'il y ait déjà eu une place fortifiée
antérieure.
Dans certains documents, on mentionne l’existence d'un château à
l'époque du royaume de Haute-Bourgogne, mais qui fut
détruit en 1032, lorsque ce territoire tomba sous la domination de l'empereur
Conrad II le Salique. Il est donc possible qu'un ouvrage reconstruit, après
avoir été pris d'assaut au XIe siècle, ait pu occuper l'éminence
dominant la rive.
En 1218, après l'extinction des Zaehringen,
Morat a obtenu l'immédiateté impériale, mais face à la convoitise et aux
exigences de souverains tels que les comtes de Habsbourg et ceux de Savoie, sa
position est demeurée fragile, même si, par moments, elle a cherché appui
auprès de Fribourg.
La ville est devenue savoyarde en 1255, sous Pierre II et, quelques
brèves périodes habsbourgeoises
mises à part, l’est restée de 1291 jusqu'à 1'éclatement des guerres de
Bourgogne, en 1475.
En 1238 encore, le roi Conrad IV de Hohenstaufen, alors souverain
suprême, avait promis aux citoyens de Morat une immunité fiscale de quatre ans
à condition qu'ils construisent autour de leur ville une enceinte de douze
pieds de haut. Il est fort probable que les restes des murs conservés dans les
parties basses des remparts, que l'on reconnaît à leur appareil de gros galets
et de pierres de taille maçonnés en épis, datent de cette époque. Les remparts
ont dû être renforcés sous Pierre II.
C'est ainsi qu’a vu le jour l'imposant ouvrage dont nous est
restée une importante partie. Plusieurs tours supplémentaires semblent avoir
été ajoutées au XIVe siècle. L'incendie qui a dévasté la ville en
1414 n'a apparemment pas endommagé les remparts, qui eux ont subi une réfection
en 1469, sous le règne des Savoyards, puis encore en 1475. Ces derniers travaux
ont été entrepris en toute hâte par Berne et Fribourg, qui bientôt durent
affronter les assauts de Charles le Téméraire.
L'histoire de la construction du château de Morat, qui se présente
sous la forme d'un pentagone irrégulier, n'est pas très facile à saisir. On
sait qu'au milieu du XVe siècle, le fossé a été prolongé du côté de
la ville. Dès ce moment, tout l'ouvrage a donc été entouré de fossés.
Après la bataille de Morat, en 1476, il a fallu plusieurs années
pour reconstruire les remparts et leurs six tours fortement endommagés, sinon
détruits, pendant l'assaut bourguignon. Les moellons de grès utilisés lors de
ces travaux ont donné à maints endroits un nouvel aspect aux murs d'enceinte.
Après sa réfection, le château n'a plus abrité l'administration savoyarde, mais
celle du baillage commun de Berne et de Fribourg.
Les représentants de ces villes ont résidé dans ses murs jusqu'en
1798. Plusieurs bâtiments ont ensuite été construits durant cette longue
période, comme l'annexe d'entrée et, au XVIe siècle, la tour
d'escalier érigée dans la cour. Avec divers remaniements, ils ont fait peu à
peu du château un siège administratif d'apparat. Dans plusieurs de ses pièces,
divers éléments trahissent les styles Renaissance tardif, baroque et
Biedermeier. Le château a été transformé en préfecture en 1803.
Grâce à un
heureux hasard, mais aussi au manque des moyens qu'aurait nécessités au XIXe
siècle la démolition des remparts médiévaux de Morat, ceux-ci ont pu en grande
partie être conservés pour la postérité.
Morat est un
peu Berne «en miniature», mais avec des murailles que l’on ne peut toujours pas
parcourir à pied. Les habitants l’appellent la plus longue muraille de défense
intacte de Suisse. De ces postes d’observations, on voit bien comment les
orages s’abattent sur la région : comment le ciel derrière Morat, vers
Berne et Fribourg, prend une couleur bleu foncé et comment la pluie tombe sur
le Jura.
Chaque
année, durant le premier dimanche d'octobre, se déroule la course de Morat-Fribourg. D’une réputation internationale, ce périple
d’une longueur de
La
course Morat-Fribourg est une manifestation qui
commémore la bataille de Morat : bataille livrée par les Confédérés contre
le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire. Cette 76ème édition
restera dans les souvenirs comme une réussite avec le beau temps qui a rendu
cette fête encore plus mémorable. Cela a été un rendez-vous sportif et
communautaire où l’histoire, la convivialité et le sport étaient rois.
Sergei Aschwanden
Comment passe-t-on du judo à la course à
pied ?
Quand
on est dans un moment d’euphorie comme après les Jeux olympiques où j’ai
remporté une médaille, on se lance des paris, stupides ou pas, c’est une autre
histoire, mais j’ai parié avec Esther Mamarbachi, alors
maintenant je dois courir le marathon de New-York qui
aura lieu dans trois semaines.
Est-ce qu’il y a quand même des
similitudes entre le judo, parce qu’on ne devient pas un grand champion comme
ça par hasard, beaucoup d’entraînements ? Vous avez l’habitude de vous
faire mal quand même ?
Oui
je crois que vous l’avez dit. Le principal, c’est savoir serrer les dents et
souffrir, parce que je crois que sur un marathon, même si je n’en ai encore
jamais couru de ma vie. Il y a des phases où c’est difficile, où l’on se bat
avec soi-même et là, c’est le travail mental qui prend le dessus. Je crois que
ça, c’est propre au sport de haut niveau en général.
C’est clair que le judo et le travail
mental, c’est déjà très proche ?
Oui
bien sûr, mais tout sport de haut niveau, il faut être mentalement fort. Il y a
des phases où cela ne va pas comme on veut. Il y a des phases où ça va très
bien. Il y a des moments de blessures, des moments de doute. Dans la tête, il
faut se donner des ordres même si des fois le corps, il ne suit pas !
C’est un tout qu’il faut réussir à maîtriser et je crois que ça va m’être utile
pour le marathon de New-York et pour la course Morat-Fribourg.
Comment on se sent comme ça dans sa
tête, vous êtes un homme qui aimez les défis, mais c’est un peu maso quand même
comme exercice, vous allez souffrir…
Si
vous voulez que je sois vraiment honnête par rapport au marathon, je crois que
maintenant, avec du recul, je me dis que j’étais sacrément con. Ma foi, c’est
comme ça ! C’est une expérience intéressante, parce qu’on est carrément à
l’opposé du judo. Le judo est un sport explosif, rapide. Le marathon est un
sport lent. Par rapport à ça, c’est quelque chose d’intéressant. C’est une
nouvelle découverte. Après avoir fait tant d’années dans la même discipline
sportive, voir quelque chose de nouveau, je pense que c’est positif…
En dessus de tout ça, vous êtes quand
même un type assez formidable à ma connaissance.
C’est
gentil.
Un bon exemple pour les jeunes aussi,
qui par les temps qui courent, souffrent pas mal avec la crise, qu’est-ce que
vous avez envie de leur dire, vous qui êtes un battant, un type qui…
Je
crois que dans toutes choses, il y a toujours quelque chose de positif. Une
crise est donc sûrement aussi quelque chose de positif. Je pense que ça met un
peu la puce à l’oreille à tout le monde de se dire : « On a vécu
au-dessus de nos moyens. » Il faut un petit peu réajuster le tout,
réajuster notre vie, les dépenses par rapport à ça. Je crois qu’il faut leur
dire : « Acceptez cette crise si on peut parler de crise, acceptez la
vie comme elle vient. Dans toutes choses qui arrivent, il y a toujours quelque
chose de positif dedans. »
Interview réalisée par Jean-Pierre
Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod