The Barber Shop Quartet
Bruno Buijtenhuijs
Bonjour Bruno et bienvenue en Suisse.
Merci.
Vous avez un style de musique très
particulier, dont il faut l’avouer, en Suisse, on ne comprenait pas, est-ce que
vous pouvez nous en parler un peu ?
Oui,
ça s’appelle le Barber Shop. C’est donc né dans les échoppes de barbiers aux États-Unis
où les clients attendaient leur tour de se faire raser et entendaient les
chansons en vogue et, au fil du temps, c’est devenu un style très précis avec
des harmonies sophistiquées. Maintenant, il y a des concours de Barber Shop.
Nous, on s’est inspiré de ce style pour en faire un spectacle à notre sauce.
D’accord. À l’époque, c’était seulement
les clients qui se mettaient à entonner des chansons dans la salle d’attente
pour un peu se passer le temps ?
Voilà.
Le salon du barbier, c’était l’équivalent du café en France, peut-être du café
en Suisse, je ne sais pas quel est le lieu de vie en Suisse ? Mais en tout
cas, c’était le lieu de vie où les hommes se retrouvaient et il y avait cette
tradition de chansons, de chansons à plusieurs voix et cela s’est petit à petit
professionnalisé. Maintenant, c’est soit des quatuors vocaux avec des règles
précises, il faut être quatre hommes, soit des quatuors amateurs très
performants, soit des quatuors professionnels.
Des gens ou des personnes où, avec le
temps, on s’est mis à codifier un petit peu ?
C’est
un style maintenant très, très codifié. La particularité du style, c’est qu’il
n’y a pas de chanson spéciale Barber Shop, c’est une façon d’harmoniser les
chansons existantes. Ça a pris dans les chansons populaires du début du siècle
aux États-Unis jusque dans les comédies musicales de Broadway et le style a
arrêté d’évoluer dans les années 40 à peu près. Maintenant, c’est la
perpétuation du style.
Une des règles, c’est quand même d’avoir
des belles harmonies, d’avoir quelque chose de bien fait, de bien soigné ?
Au
niveau des harmonies, c’est des harmonies très riches, très étirées avec des
accords assez… À la fois, il y a la mélodie simple et populaire et une harmonie
très savante. C’est un peu la particularité, un style populaire avec une
musique savante.
Et la gestuelle aussi, l’image, vous la
travaillez ?
Nous,
on la travaille puisqu’on s’inspire du Barber Shop et on s’inspire beaucoup des
Frères Jacques ou des Quatre Barbus ou de Tex Avery. On a beaucoup d’influences
diverses ce qui est notre spécificité propre. Sinon, aux États-Unis, il n’y a
pas vraiment de gestuelle. Ils sont quatre vraiment en arc de cercle autour
d’un micro.
Et puis l’humour, c’est
omniprésent ?
L’humour,
c’est omniprésent chez nous. Le Barber Shop aux États-Unis, c’est beaucoup plus
sérieux. Ils font ça de façon plus codifiée, plus sérieuse avec des concours.
Il y a quelques quatuors qui le font de façon humoristique, mais la plupart,
c’est assez sérieux et c’est vraiment tout autour de la qualité vocale.
Comment vous expliquez que vous êtes
quasiment le seul groupe en France ?
C’est
un style de la culture américaine qui n’a pas tant déferlé sur l’Europe. Cette
particularité est vraiment restée une particularité américaine, ça n’a vraiment
pas… Moi-même, j’en ai entendu parler dans le plus grand des hasards. C’était
une émission à la télé sur les quatuors en général et il y avait un tout petit
extrait de trente secondes. Cela m’avait séduit, mais c’est vraiment le hasard,
sinon j’aurais été comme tout le monde. Je serai passé à côté de ce style qui
est complètement inconnu.
Ça ne séduit pas les artistes de faire
comme vous, par contre le public est séduit par ce que vous faites. Vous avez
un succès qui est croissant.
Ce
qui marche bien, de ce qu’on utilise du Barber Shop, c’est plutôt la qualité
vocale. C’est vraiment la spécificité la plus importante qu’on essaye de
maintenir d’un bout à l’autre du spectacle. Par contre, des chansons purement
Barber Shop, on en fait dix minutes à un quart d’heure parce qu’après c’est
vraiment un public européen qui s’en lasse assez rapidement. Après on passe à
des chansons en français, à des créations, à des sketches et on se sert de la
spécificité Barber Shop, de l’aspect un peu désuet du Barber Shop, pour en
faire un spectacle drôle, amusant, comique et personnel, original…
Vous trouvez assez de chansons dans le
répertoire français ou vous devez en créer vous-mêmes ?
On
en crée nous-mêmes. On a dix minutes de chansons Barber Shop, après on a des
reprises américaines sur lesquelles on a des idées de mise en scène qui
justifient qu’on les prenne. Après, on a des reprises de chansons en français
qu’on arrange, qu’on adapte pour nous et après, on a des créations.
Est-ce que c’est difficile de faire rire
en Suisse, en France, en Belgique ? En Suisse, c’est la première fois que
vous venez, on le verra tout à l’heure…
Non.
C’est vraiment un spectacle qui marche bien. Cela a été dès le début. On ne
sait pas pourquoi, il y a eu une espèce d’alchimie qui s’est créée avec les
quatre personnages qui fait qu’on a rencontré le succès assez rapidement.
Dans votre spectacle, est-ce qu’il y a
un fil rouge ?
Le
fil rouge, c’est le Barber Shop, c’est la qualité vocale et après ce sont les
personnages. On a vraiment des personnages qu’on a créés nous-mêmes par rapport
à leurs aptitudes, par rapport à ce qu’ils savaient faire. Si je parle un peu,
je vais être M. Loyal. J’écris les chansons, je conçois le spectacle et je suis
M. Loyal qui explique ce qui se passe. On a Cécile de formation lyrique, qui
est la voix mais qui n’a rien dans le crâne dans son spectacle, dans son
personnage, bien entendu ! Isabelle qui a une voix très grave, une voix de
jazz. C’est une « jazz woman » accomplie et
qui elle, est plutôt, je ne sais pas comment la définir, un côté un peu
curieux, un peu… qui est contente avec tout le monde, qui fait le lien entre
tout le monde avec un petit côté naïf. Bertrand, c’est un peu l’électron libre.
Il a une très forte personnalité comique et il a des sketches qui s’intègrent
dans le spectacle et il a aussi la particularité d’imiter les instruments. Il
peut jouer la contrebasse, la trompette, la batterie à la voix.
Il est un peu le bruiteur ?
C’est
le bruiteur comique et baryton.
Émission présentée par Jean-Pierre
Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod