Jeudis-Musique à La Passade

 

 

Raymond Aeby

 

Monsieur Aeby bonsoir.

Bonsoir.

 

Merci de nous recevoir, encore une fois chez vous, à La Passade.

Mais merci à vous surtout d’être là.

 

C’est chaque fois un plaisir. On connaît bien La Passade, mais quelque chose qu’on connaît un petit peu moins, pourtant cela fait dix ans que vous le pratiquez, ce sont les Jeudis-Musique. Expliquez-nous un petit peu ce que c’est ?

Les Jeudis-Musique, on n’y avait pas songé très tôt, lorsqu’on a préparé la future vie de ce lieu. Mais quelques semaines après avoir inauguré, un de nos camarades a dit : « Mais pourquoi on n’organiserait pas le jeudi, des réunions, des spectacles où l’on retrouve la musique et la chanson ? » et on a créé les Jeudis-Musique. Le premier Jeudis-Musique a eu lieu en décembre 1998, quelques mois après l’ouverture.

 

On était sans doute aussi un peu timide et un peu réservé parce que c’était d’abord une question d’argent et de moyens. On ne se sentait pas trop les moyens et on n’avait pas envie de prendre trop de risques ne sachant pas non plus quel serait le répondant. Il s’est fait que cela a assez bien fonctionné dès le départ, ça a un peu moins fonctionné plus tard. Je ne sais pas trop pourquoi. Jeudis-Musique, c’est très difficile à expliquer au niveau de la fréquentation parce qu’on a parfois des très petites locations quelques heures avant de jouer et à la dernière minute, vingt, vingt-cinq personnes arrivent… C’est de la « dernière minute » et il se fait qu’on a parfois, ici réunis, cent personnes. Au Foyer, il y a eu quelques fois, dix, quinze personnes qui étaient debout, on n’avait plus de chaises dans la maison. Expliquer, on n’y est pas encore arrivé…

 

Il faut dire que vous ne faites peut-être pas dans la facilité, parce que vous auriez pu choisir le jazz qui est très porteur ou la chanson française et ne faire que ça ? Vous faites un peu de l’expérimentation. La preuve ce soir, vous offrez aux gens de la région un genre de musique dont je suis persuadé que presque personne connaît en Suisse ?

Absolument. Je ne crois pas que ce soit connu en Suisse. D’ailleurs, c’est la première fois que ce groupe arrive en Suisse. C’est une première pour eux et on est assez fier de l’organiser. C’est vrai qu’on n’a pas voulu non plus se donner un genre, on n’a pas voulu, comme vous le dites, être un lieu où l’on retrouvait le jazz ou la chanson française. On a voulu être très éclectique, parce que l’idée c’est d’offrir à notre public, à nos fidèles d’abord et ensuite à la population de la région, hormis le théâtre, c’est de leur offrir des découvertes telles que la musique du monde. Là, on travaille beaucoup avec Georges Grillon, parce qu’il nous propose toujours des choses intéressantes à découvrir. En plus, après tout ce qu’on nous offre parce que là, on est bombardé chaque semaine d’offres et de dossiers et de DVD. Là, il y a vraiment beaucoup d’offres. Évidemment, comme pour tous les spectacles qui se présentent ici dans la maison, il faut qu’on les aient vus avant qu’ils soient engagés. En l’occurrence, ceux de ce soir, le Barber, nos camarades les ont vus à Avignon, parce qu’ils ont déjà fait deux saisons à Avignon qui ont été un succès et on sait aussi par le réseau un peu des amis que partout là où ils passent, on souhaite qu’ils reviennent. Là, on n’a pas hésité à les engager…

 

Aucune soirée Jeudis-Musique n’est rentable, ça c’est sûr, partant qu’il faut payer les cachets, qu’il faut payer les artistes, il faut les nourrir, les loger, les accueillir, payer leurs déplacements. Parfois, ils viennent de très loin. On ne s’attache pas à tenter de rentabiliser des soirées comme celles-là. Mais je le répète c’est, à côté du théâtre qui est assuré par la Compagnie de la maison, et c’est les résultats de cette Compagnie qui nous permettent de nous lancer dans des Jeudis-Musique. On veut offrir à notre public, qui est fidèle, la découverte de spectacles qu’on a vus ici et là ou qu’on nous a recommandés.

 

On s’est rendu compte, au cours des années, que le choix de se diversifier, d’essayer d’être très large dans la programmation est évidemment plus difficile que si l’on avait donné un genre à la maison, comme on le disait tout à l’heure, jazz ou chanson française, parce qu’on a vraiment touché tous les genres. On a fait de la musique classique, du lyrique, du jazz, musique tzigane, musiques de partout. À chaque fois, il faut aller rechercher le public qui pourra être attiré, accroché par le genre choisi et ce public, on ne le connaît pas forcément. On ne sait pas forcément là où il est et ce n’est pas non plus toujours facile de lancer un message, d’abord, qui explique ce que l’on va présenter quand c’est très original, comme par exemple ce soir où c’est véritablement nouveau. Je me réjouis d’entendre le public, mais sans doute qu’il va être surpris et qu’il va dire : « Ah je ne connaissais pas, je ne savais pas… » Tout ça pour redire que c’est difficile. C’est laborieux et je ne suis pas sûr d’avoir trouvé encore tous les moyens d’atteindre ces publics.

 

Mais en tout cas, c’est visiblement la vocation de La Passade ?

Absolument et on s’y accroche et je crois qu’on a assez de volonté, assez de courage pour le faire. Mais je le dis toujours, dans l’idée d’être véritablement des ambassadeurs de nos publics, parce qu’il y a des choses qu’on peut adorer, qu’on peut aimer qui ne vont pas forcément correspondre aux goûts de notre public. Je le répète à mes camarades lorsqu’on se trouve devant un spectacle, je leur dis : « Essayons tous ensemble de penser à quelques spectateurs de La Passade, à quelques fidèles ! » et moi je m’efforce de le faire maintenant. C’est presque automatique. À chaque fois, j’imagine en présence de l’ensemble que je vois, que j’applaudis, quelques-uns, quelques-unes qui sont régulièrement ici et je me dis : « Non, ça on oublie. Ils ne vont sans doute pas apprécier. Au contraire, ça il faut véritablement qu’on le conduise à Boudry. » On fonctionne aux coups de cœur si on veut. Mais on essaye aussi d’être dans le cœur de nos spectateurs.

 

 

Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod