AEMO : Association Enfance et
Maladies Orphelines
Madame Bhira
Meyer
Madame Meyer bonjour.
Bonjour.
Pouvez-nous présenter votre
association ?
Oui tout à
fait. Notre association s’appelle AEMO qui veut dire Association Enfance et
Maladies Orphelines qui a été créée en février 2004. Nous existons maintenant
depuis plus de cinq ans.
Pourquoi cette association a-t-elle été
créée ?
On a créé cette
association en 2004, parce qu’on savait que beaucoup de choses étaient à faire
pour les personnes atteintes de maladies rares. Les maladies rares sont comme
son nom l’indique rares, peu de gens sont atteints. Il y avait des lacunes
aussi bien pour les traitements médicaux que pour les prises en charge. Notre
association s’est donné comme but de remédier au maximum à ces problèmes.
Quels sont les buts de votre
association ?
Nous soutenons,
si vous voulez, toutes démarches ou actions qui sont liées aux maladies rares,
c’est-à-dire nous soutenons financièrement les familles qui ont des enfants ou
des jeunes adultes atteints de maladies rares, où que ce soit en Suisse romande,
du moment qu’ils sont domiciliés en Suisse, quelles que soient leur ethnie ou
leur religion. On aide aussi d’autres associations à but similaire et on
soutient la recherche et la formation.
Qu’est-ce qu’une maladie rare ?
Une maladie
rare se définit de la façon suivante. On appelle maladie rare du moment qu’il y
a moins d’une naissance sur deux mille enfants. Une maladie orpheline, c’est
une maladie rare mais pour laquelle il n’y a aucun traitement et aucune
recherche médicale. C’est encore plus rare que les maladies rares.
Actuellement, on dénombre environ 8 000
maladies rares à travers le monde qui ont été répertoriées par l’OMS, mais on
en découvre chaque jour des nouvelles.
Avez-vous quelques exemples ?
Vous avez la
mucoviscidose, la progéria, toutes les myopathies. Il
y a plusieurs myopathies différentes, la myopathie Duchenne, la myopathie des
ceintures, les logos dystrophies, la phénylcétonurie. Les cancers pédiatriques
sont également des maladies rares, mais personne ne peut vous énumérer les 8 000 !
Il y en a beaucoup trop, même le corps médical ne les connaît pas toutes.
Pourquoi les maladies rares sont-elles un
problème pour le corps médical ?
Les maladies
rares sont un problème dans beaucoup de domaines. Pour le corps médical, c’est
déjà parce qu’il est très difficile de poser un diagnostic. Il s’écoule des
fois plusieurs années pour que l’on puisse poser un diagnostic sur une maladie
rare, parce que c’est justement peu connu par le corps scientifique. Il y a
très peu de recherches. La pose du diagnostic est un problème dans le sens où
avant d’avoir un diagnostic concret, on compte entre deux et vingt-cinq ans et
c’est souvent l’augmentation des symptômes chez un enfant qui va finir par aider
le médecin à poser le bon diagnostic de la maladie orpheline, la maladie rare.
Quelle est la partie prise en charge par
les assurances ?
Les familles
payent le 10 % des frais médicaux, des frais d’hospitalisation des
enfants. C’est la même chose que pour une famille qui n’a pas un enfant atteint
d’une maladie rare, seulement au nombre de déplacements, d’hospitalisations et
de traitements pour un enfant atteint d’une maladie rare, ce 10 % se
cumule et devient énorme financièrement à supporter pour une famille. Notre
association joue le rôle de relais entre les assurances et la famille,
puisqu’on prend à notre charge, les frais non pris par les assurances maladies
ou l’assurance invalidité.
Une fois le diagnostic posé, comment la
nouvelle est accueillie par les familles ?
L’annonce du
diagnostic pour une famille, c’est souvent quelque chose qui est très difficile
et très douloureux à vivre, parce que d’abord il y a avant l’annonce du
diagnostic. C’est une période où les familles se doutent qu’il y a un problème
avec l’enfant, ils font beaucoup d’enquêtes, se renseignent, c’est une longue
période d’attente aussi. C’est une période de doutes et aussi de craintes.
Après, il y a le moment qui suit l’annonce du diagnostic. C’est un moment qui
est assez catastrophique dans tous les cas pour les familles, parce qu’en leur
annonçant le diagnostic, on leur annonce aussi que c’est une maladie qui n’a
pas de traitement. C’est une maladie qui va beaucoup détruire psychologiquement
les parents au moment où ils l’apprennent, parce que tout n’est pas dit et tout
n’a pas non plus été entendu par la famille qui se refuse un petit peu. Là, la
période qui suit l’annonce du diagnostic, c’est une période de colère, c’est
une période de culpabilité quand c’est génétique. C’est une période de peur, de
honte aussi pour les familles, suivant s’il y a aussi des symptômes physiques.
Le moment même de l’annonce du diagnostic est un moment pour les familles, ils
nous le disent, où la vie s’est arrêtée, parce qu’en leur annonçant cette maladie,
on leur annonce qu’ils vont au-devant de difficultés pour l’avenir de leur
enfant. Il y a des dégâts psychologiques qui sont irréversibles pour les
familles, surtout si la maladie est une maladie qui est mortelle dans les
premières années de l’enfant.
Comment les familles vous
découvrent-elles et comment sont-elles aidées ?
Les familles,
on les découvre par plusieurs biais, soit par notre site Internet qui est
fréquemment consulté quand les personnes se posent des questions sur les
maladies rares, ils tombent très facilement sur notre association. Autrement,
quand nous faisons nous-mêmes notre campagne de récolte de dons, puisque nous
la faisons par téléphone pour informer le public de la problématique des
maladies rares, pour les sensibiliser et évidemment pour récolter des dons,
parce que sans les donateurs, on ne peut rien faire… À ce moment-là, on a des
fois des familles qui s’annoncent comme concernées ou parents d’un enfant
atteint d’une maladie rare. On a aussi des cas qui nous sont donnés par
d’autres organismes, des services sociaux du HUG, des services sociaux du CHUV,
des centres de réfugiés qui cherchent, parce qu’ils ont aussi des enfants
atteints d’une maladie rare. En fait, c’est comme ça que ça fonctionne. Notre
aide, par contre, est composée de plusieurs variantes possibles. Nous avons une
aide mensuelle, c’est-à-dire que nous versons une certaine somme d’argent à une
famille en fonction bien sûr de ses revenus et en fonction des besoins de
l’enfant et là, c’est une aide mensuelle qui est illimitée dans le temps, tant
que l’enfant en aura besoin. On a également ce qu’on appelle des aides
ponctuelles. Ce sont des familles qui n’ont pas forcément besoin d’une aide
régulière, mais qui ont besoin d’une aide plus conséquente, mais occasionnelle.
Dans les deux cas bien entendu les aides ne sont pas remboursables, c’est du
don. On a également des fois où c’est combiné, c’est-à-dire une famille peut
avoir une aide mensuelle et une fois avoir besoin de quelque chose de
particulier qui coûtera évidemment plus cher et va se rajouter à cette aide
mensuelle, une aide ponctuelle. On fait aussi, une fois par année, un versement
aux familles les plus démunies pour les aider à passer les fêtes de fin
d’année. Là, on a quelques familles qui sont vraiment dans le besoin. On leur
verse quelque chose de plus. On paie aussi des cours qu’on appelle des cours de
loisirs aux enfants, c’est-à-dire qu’on prend à notre charge des cours
d’équitation, de thérapies, d’équitation avec thérapie, des cours de natation,
des cours de danse pour donner un petit peu à ces enfants une bouffée d’oxygène
parce qu’ils ont une vie qui est quand même une vie où l’hôpital est un peu leur
deuxième maison.
Concrètement comment réagissez-vous quand
une famille s’annonce à vous ?
Nous avons au
sein de notre association ce qu’on appelle un comité d’éthique qui est composé
de trois personnes. Deux de ces personnes vont rendre visite à la famille où
que ce soit en Suisse romande pour rencontrer la famille, discuter, évaluer les
besoins spécifiques de l’enfant, évaluer les problèmes psychologiques de la
famille aussi bien que les problèmes financiers. Suite à ce rendez-vous avec le
comité d’éthique et la famille, ce comité d’éthique se rencontre à trois, il y
a une troisième personne qui elle ne va pas visiter pour ne pas avoir le côté
émotionnel, parce quand les deux personnes viennent, suivant les cas, elles
sont souvent assez perturbées par le drame qu’elles voient dans la famille. Ces
trois personnes se rencontrent et décident de quelle somme va être octroyée à
la famille. Est-ce que cela sera une aide mensuelle ou une aide ponctuelle ?
Bien entendu, ce comité d’éthique suit de très près les dossiers, puisque
régulièrement ils prennent des nouvelles de la famille pour suivre un peu
l’évolution et, si nécessaire, ce qui est arrivé beaucoup de fois, on adapte
l’aide financière à la famille, parce que l’enfant, en grandissant, aura
évidemment d’autres besoins. C’est comme ça que fonctionne notre aide et on
prend naturellement très souvent des nouvelles.
Quels sont les projets de
l’association ?
Notre
association, depuis maintenant bientôt deux ans, travaille sur un projet avec Orphanet. Orphanet, c’est un
organisme international qui est chargé de répertorier toutes les maladies
rares, de répertorier les laboratoires d’essais cliniques, les associations
existantes et les spécialistes à travers le monde. Avec Orphanet,
nous sommes en train d’organiser, de créer une alliance nationale suisse
d’associations. Cela existe actuellement dans 19 pays d’Europe où il existe une
organisation faîtière qui regroupe toutes les petites associations. Il faut
savoir que les associations existent par maladies. Ce sont souvent le fait de
parents dont l’un des enfants est touché par une maladie qui créent une
association mais, malheureusement, ces associations sont faibles, sont
fragiles. Elles sont souvent pauvres, du fait déjà de la rareté de la maladie,
il y a peu de membres. Nous sommes en train de mettre sur pied la création
d’une alliance maladies rares en Suisse comme ça se fait à l’instar des autres
pays d’Europe qui aurait pour but, cette alliance, qui regrouperait toutes les
associations qui veulent bien être membres. Elle aurait pour but de faire
connaître, reconnaître les maladies rares comme un enjeu de santé, quelque
chose de publique, de faire connaître auprès des médias, auprès du corps
médical, auprès des industries et de leur révéler l’importance de se pencher
sur ce problème, d’essayer d’atteindre également les pouvoirs publics et les
autorités de santé parce qu’on sait qu’en Suisse, on a un grand problème, c’est
notre fédéralisme. Nous avons un système de santé qui est cantonal et le fait
qu’une alliance représente plus d’une centaine d’associations suisses avec des
centaines de membres aurait plus de poids auprès du gouvernement pour essayer
de faire évoluer la connaissance, développer la recherche médicale et clinique,
incorporer dans cette alliance les gens qui sont des malades isolés,
c’est-à-dire des malades où il y en a tellement peu par maladie et qui n’ont
même pas d’associations, ni de lieux d’accueil. Cette alliance pourrait faire
progresser la recherche parce qu’on pourrait plus facilement obtenir des fonds.
C’est un travail que l’on est en train de réaliser. On a organisé pour la
première fois en mars 2009 au HUG à Genève une première conférence où l’on a
réuni toutes les associations suisses et je dois dire que tout le monde a été
enchanté de cette idée de créer cette alliance et, actuellement, nous sommes en
train de travailler dessus et on officialisera l’alliance maladies rares
suisses le 28 février 2010, parce qu’officiellement, c’est la journée
internationale des maladies rares dans le monde. La vraie date est le 29
février, puisque c’est un jour rare comme les maladies. Les années où il n’y a
pas de 29, on le fait le 28. Nous sommes en train de travailler, tout est à
créer, le logo, le site Internet, la recherche de fonds. Évidemment, il ne faut
pas se voiler la face, en Suisse, on a un problème par rapport aux pays
voisins, c’est notre structure géopolitique, nos 26 cantons, nos quatre langues
nationales et comme l’alliance sera nationale, elle doit être en tout cas
bilingue, voire trilingue… Ça, c’est des projets pour février 2010 et je peux
vous dire qu’on a beaucoup, beaucoup de travail mais toutes les alliances
participent à cette création.
Quelques mots encore avant de
conclure ?
Oui, je peux
vous dire que même si les maladies sont rares, les malades eux, sont nombreux
et que nous, notre association, nous n’avons pas d’autres prétentions que
d’aider les familles, de lutter contre les oubliés de la médecine, contre la
résignation et nous ferons comme d’autres avant nous, c’est-à-dire que nous
allons nous dévouer pour ceux qui en ont besoin.
Merci Madame Meyer et bonne chance pour
votre projet.
Merci.
Interview réalisée par
Christophe Berdat
Texte retranscrit par
Françoise Berthod