Une télévision sociale est née
OBJECTIF REUSSIR
Après un journal et un site internet très couru, l'équipe emmenée par Jean-Pierre Lambert a créé une télévision locale. Et obtenu une concession de l'Ofcom.
L'ambiance aurait dû être à la fête, hier à la gare de Bevaix ou « Objectif Réussir », un projet unique de réinsertion sociale, fêtait le lancement de sa télévision locale. Aurait : car Jean-Pierre Lambert, le charismatique animateur de l'équipe, a vécu il y a quelques jours un terrible drame famillial. Difficile, dans ces conditions, de se réjouir comme il l'aurait fallu de la naissance de ce nouveau tremplin social.
« Au début, ils ont souri... »
Désormais, il faudra parler de « Télé Objectif Réussir » : une concession a été obtenue de haute lutte auprès des services de Moritz Leuenberger, ce qui va permettre à la jeune télévision d'émettre, d'abord sur internet, puis éventuellement sur le réseau câblé. « Au début, à L'Ofcom (réd : Office fédéral de la communication), ils ont souri en apprenant qu'on voulait faire une télévision avec dix mille francs, se rappelle Jean-Pierre Lambert. Mais nous étions confiants : qui aurait pu s'opposer à un projet de télévision sociale ? »
Bingo ! Malgré des préavis négatifs venus d'autres radios-télévisions régionales, l'Ofcom a donné le fameux sésame. Dont l'équipe de Bevaix va faire largement usage : « Nous avons deja réalisé deux reportages de sept minutes », se réjouit le responsable. Qui voit dans ce projet un nouveau moyen d'aider des personnes en difficulté à retrouver goût au travail. A 37 ans, Pascal, un ancien toxicomane, en est persuadé : « Pour la première fois de ma vie, je peux dire que j'ai trouvé ce que je veux faire ».
Il y a trois mois, personne dans l'équipe ne savait manier une caméra. Mais avec l'appui très apprécié d'un technicien de la TSR, Roméo Dos Santos, les ficelles du métier ont été rapidement assimilées.
Un plateau pour réaliser des interviews, deux caméras, un système d'éclairage, deux PC pour le montage des images : l'équipement permet déjà de réaliser de jolis sujets. « Nous sommes convaincus qu'il y a de la place pour une TV sociale ; il est important de parler avec sérieux des difficultés des gens, car les médias, en général, en parlent ou trop, ou trop peu », note encore Jean-Pierre Lambert.
Invitée à inaugurer les locaux de Bevaix, la conseillère d'Etat Sylvie Perrinjaquet a apporté les félicitations du gouvernement neuchâtelois : « Cela fait plus de dix ans que vous vous battez pour vos programmes de réinsertion » a-t-elle souligné, faisant allusion au journal de rue, « qui est déjà un moyen de communication extraordinaire ». Et de conseiller à ses rédacteurs d'« arrêter de le vendre en disant que c'est le journal des chômeurs. Car c'est le journal d'hommes et de femmes qui ont envie de réussir. »
Journées portes ouvertes
Et après dix ans, le succès est au rendez-vous. Un exemple : le site internet est visité par plus de 170'000 personnes par année. Ce qui a notamment permis, par club de discussion interposé, d'inviter à Bevaix la chanteuse américaine Barb Sorensen. Celle-ci a donné de la voix hier soir.
Aujourd'hui, elle anime un atelier musical. Une journée portes ouvertes est d'ailleurs organisée de 10h à 17h. Les visiteurs pourront découvrir la nouvelle galerie Quint-Essences, qui propose des oeuvres d'Anais Laurent et d'artistes faisant partie du programme de réinsertion.
Mme Kuenzi
L'Express - L'Impartial, 30 avril 2005 |