« La télé ? Encore plus fou ! »

 

Objectif Réussir

Douze ans après le lancement de son journal, le programme de réinsertion se lance un nouveau défi : sa chaîne de TV est désormais diffusée sur le câble. Et bientôt, peut-être, dans tout le canton.

 

Kheira Coquoz appuie sur « play ». Et les images de Télé Objectif Réussir, dite TOR, défilent pour la première fois dans la lucarne. Applaudissements, émotions : une année après avoir commencé de diffuser sur internet, la « plus petite télévision » de Suisse a fait sa grande entrée sur le réseau câblé, hier sur le coup des onze heures. Elle sera désormais visible 24 heures sur 24 pour les habitants de Bevaix, Boudry, Bôle et Cortaillod.

« Un journal, c'était déjà motivant, mais une télé, c'est encore plus fou », sourit Jean-Pierre Lambert, fondateur et responsable du programme de réinsertion sociale et professionnelle de Bevaix. C'est donc une étape cruciale que vit Objectif Réussir, son journal né voici douze ans et sa toute jeune télévision. Et un instant capital pour la douzaine de collaborateurs, tous chômeurs en fin de droits, du programme de réinsertion sociale et professionnelle.

 

Hommage à Michel

Mais la petite cérémonie d'hier a surtout été l'occasion d'un bel hommage à un des piliers d'Objectif Réussir, Michel Coquoz, décédé voici quelques mois. « Cette journée, on la lui dédie. Symboliquement, c'est très important pour nous que sa veuve, Kheira, soit notre invitée d'honneur, explique Jean-Pierre Lambert, ému. Avant de mourir, Michel m'a dit que c'est à Objectif Réussir qu'il a passé ses plus belles années... Quel plus beau compliment ? »

Parce qu'à Objectif Réussir, on fait de la télé « autrement », tout en ne cachant pas son ambition. « Nous déposerons très prochainement une demande d'extension de la concession, afin d'émettre dans tout le canton de Neuchâtel », annonce Jean-Pierre Lambert. Qui sourit : « Nous n'avons pas souhaité toucher l'argent de la redevance. Cela fait de nous la télévision probablement la plus pauvre, mais aussi la seule à n'avoir aucune dette ! »

 

Une télé « humaine »

Financée par le journal, un soutien de la Loterie romande, des subventions cantonales visant à soutenir ce projet social et des rentrées ponctuelles, cette « autre télé » lutte avant tout « contre l'exclusion et la pauvreté, sans entrer dans la concurrence que se livrent les autres médias. On se fait plaisir : si on a envie de donner un quart d'heure à quelqu'un pour s'exprimer, on le fait ». Une télé « plus humaine », visant aussi « à montrer une autre image des personnes à l'aide sociale : ce ne sont pas des fainéants... »

 

« Un boulot passionnant »

Il n'a pas une minute à lui, Julien Pisenti. L'oeil vissé à sa caméra, il ne rate pas une miette des premiers pas de la télévision sur le câble. « En arrivant ici, il y a six mois, je me suis mis à la caméra. J'ai appris sur le tas, mais ça tombait très bien, je fais déjà de la photo », raconte ce jeune serrurier de 24 ans. Atteint d'une sclérose en plaques, il espère obtenir une rente AI mais n'est pas prêt de quitter Objectif Réussir, même s'il rêve d'avoir, un jour, sa propre boîte de production. « C'est tellement sympa ici, je veux rester le plus longtemps possible ! Ce n'est pas facile de franchir le pas, j'ai mis une année avant de m'inscrire à l'aide sociale. Et je ne me verrais pas ne rien faire ». Son travail ? Du montage, et les tournages sur le terrain. « La télé sur le câble permettra à plus de gens de voir ce que nous faisons ».

 

« Ici, on me redonne confiance »

Françoise Berthod est arrivée à Objectif Réussir à mi-décembre dernier. À 55 ans, cette secrétaire a perdu « presque tout espoir » de retrouver un emploi, mais ici, elle a au moins retrouvé son sourire « et une raison de me lever le matin. » Au début, elle avoue avoir eu « un peu peur » de ce qu'on allait lui demander, mais cela lui a vite passé.

À son ordinateur, elle retranscrit scrupuleusement les dialogues des émissions télé, afin de les mettre à disposition sur internet. « Une première étape », promet celle qui a déjà rédigé un article pour le journal et espère, un jour, animer une émission de télévision. « Je me laisse le temps, tous ces projets doivent mûrir. »

Le passage de la télévision sur le câble ? « Beaucoup de stress, mais de la fierté aussi : c'est important de voir que des gens à l'aide sociale travaillent. Si ça peut aider à faire changer les mentalités, ce serait un grand pas en avant ! »

 

Article paru dans l'Express du vendredi 10 mars 2006

Texte retranscrit par Françoise Berthod